Ils décidèrent de faire mieux
muzeodrome #162 - S07E07
Bienvenue dans le numéro 162 de muzeodrome !
L’infolettre qui explore les numériques alternatifs, les pratiques divergentes et les démarches prospectives à l’œuvre dans les musées, les expositions et au-delà.
Dans ce numéro, les visiteurs deviennent acteurs dans les espaces muséaux.

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Traverser toujours plus vite !
“Qu’est-ce que le speedrun ?
Il s’agit tout simplement de la pratique consistant à terminer un jeu vidéo de la façon la plus rapide possible en se servant de tout ce que le jeu offre (bug, glitch, manipulation du jeu…) afin d’en repousser les limites.”
Speed Them All
Le speedrunning est une pratique populaire qui fait l’objet de compétitions. Mais quel rapport pourrait-il y avoir entre celle-ci et les musées ?
““Que faire alors pour tuer le temps qui s’éternise ?” demanda Odile.
Franz avait lu dans France Soir qu’un américain avait mis 9 minutes 45 secondes pour visiter le musée du Louvre. Ils décidèrent de faire mieux ! [...] […] [...]
En 9 minutes 43 secondes, Arthur, Odile et Franz avaient battu le record établi par Jimmy Johnson de San Francisco.”
Bande à part (1964) → Voir la séquence
Devenue culte, la scène de course dans le musée du Louvre de Bande à part aurait été improvisé pendant le tournage par Jean-Luc Godard et les acteurs du film. En 2003, Bernardo Bertolucci en proposait une variation dans “Innocents” (”The Dreamers”). Cette fois, le trio du film traversait le musée en 9 minutes et 27 secondes. Puis en juin 2010, l’artiste suisse Beat Lippert faisait passer la scène de la fiction au réel en sillonnant le Louvre en seulement 9 minutes et 14 secondes. Maintenant, revenons au speedrunning et imaginons que cette pratique soit appliquée dans un musée.
“Ce speedrunner tente de terminer le jeu «Museum of Modern Art» à 100 % en moins de 25 minutes [...]. Le parcours le mène à travers différents étages et installations artistiques, où il doit composer avec la foule et les agents de sécurité [...].”
Matt Herzog, dans la description de sa vidéo publiée le 9 janvier 2024 et intitulée “Museum of Modern Art 100% Speedrun in 20:17 [All Rooms, All Art] [Sub 25] [NEW PB!!!]“.
En se basant sur la captation de Matt Herzog au MoMA de New-York, l’artiste Brennan Wojtyła publie quelques mois plus tard son propre parcours. Ce que propose Wojtyła dans le site Web momaspeed.run est plus qu’une simple traversée rapide de toutes les salles du MoMA en 17 minutes et 8 secondes. L’artiste y pose une réflexion plus large: sur l’accumulation des flux visuels, sur la place des visiteurs dans le musée et sur notre société basée sur la performance (Voir l’analyse détaillée d’Arianna Caserta dans son infolettre “Film Internet Culture”).
“Faire un speedrun est toujours performatif: non seulement parce que celui-ci enregistre les mouvements personnels au sein d’un espace numérique, mais aussi parce que l’acte même de définir un record met intrinsèquement les autres au défi de le battre.” Arianna Caserta (Film Internet Culture)
/via Valentina Tanni
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La question
N’hésitez pas à préciser vos réponses en commentaire (par exemple le musée où l’expérience vous tenterait) ↓
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Zones Autonomes Temporaires
Samuel Bausson est connu pour avoir été un des co-fondateurs en 2011 des événements Museomix. Je l’ai croisé pour la première fois au tout début de l’année 2010, dans Twitter. Tous les deux engagés dans le mouvement museogeek, nous avons les années suivantes beaucoup échangé et lancé deux opérations en commun : le fil de veille Fluxeum (2010-2012) et l’initiative #CeSoirJeSors (lors de la nuit des musées 2013). Mis au courant de son dernier projet pour les Champs Libres à Rennes, j’ai eu envie de lui poser quelques questions.
Bonjour Samuel, peux-tu nous résumer ton parcours en quelques mots ?
Mon parcours est transversal : des études en ethnologie, puis des expériences dans le numérique et les démarches participatives. Ce qui relie ces étapes en zigzag, ce sont les questions de collectifs et de communs.
Quel est ton rôle aux Champs Libres à Rennes ?
Je suis chargé de projets participatifs. J’accompagne les personnes qui souhaitent porter leurs propres projets au sein des Champs Libres, en soutenant leur initiative et leur autonomie.
Peux-tu nous parler des Zones Autonomes Temporaires (ZAT) ?
Les ZAT sont des espaces de rencontre entre des personnes qui partagent leurs engagements (sport, culture, santé, jeux…) avec les visiteurs. Elles prennent la forme de stands dans le hall, le temps d’un après-midi. Plus proches d’une animation continue sur une place publique que d’une conférence formelle, elles favorisent des échanges libres et spontanés.
Les intervenants choisissent leur date et s’installent en autonomie. En amont, je les rencontre pour leur présenter les espaces, transmettre les informations pratiques (accueil, accessibilité, logistique) et imaginer un “objet de médiation” facilitant la rencontre. L’idée est d’éviter les approches trop frontales (distribution de flyers) ou intimidantes. Par exemple, avec l’Établissement Français du Sang, les visiteurs déposaient une “goutte” (objet) rouge dans un bocal correspondant à leur groupe sanguin, ouvrant la discussion de manière conviviale.
Ce temps de préparation instaure une relation de confiance et de co-responsabilité. Il n’y a ni contrat ni validation éditoriale (dans le respect du règlement) : les intervenants sont considérés comme des personnes du public venant à la rencontre de leurs pairs.
Le format est né de demandes récurrentes d’occupation des espaces. D’abord très ouvert, il a évolué pour s’adapter aux contraintes du lieu (circulation, bruit) tout en préservant l’autonomie. Aujourd’hui, environ 20 à 25 ZAT ont lieu par saison.
Comment ce projet s’inscrit-il dans la politique participative des Champs Libres ?
Les ZAT s’inscrivent dans une politique d’établissement attentive à l’hospitalité du lieu. D’autres dispositifs existent : les Terrains de jeux favorisent la convivialité de l’accueil, les RDV4C (convivialité, communs, capacités, coopération) sont des rendez-vous autogérés d’échanges de savoirs et d’entraides (langues, book clubs, groupes de parole…), ou encore le festival Nos Futurs, “par les jeunes, pour tout le monde”. L’établissement ouvre ainsi un cadre de co-programmation “pour et par” les publics.
Les ZAT font-elles référence au livre TAZ – Temporary Autonomous Zone ?
Oui, c’est un clin d’œil.
Une ressource à partager ?
Pourquoi pas le livre de Hakim Bey :) ou plus directement appliquée aux dynamiques collectives : Micropolitiques des groupes (micropolitiques.collectifs.net)
/Merci à Manuel Moreau
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Lu, vu, entendu ⚡
Vous les avez peut-être ratées, muzeodrome a compilé ces informations et ressources pour vous :
Le photographe frénétique | Imaginez un visiteur qui parcourt les musées le plus rapidement possible en photographiant toutes les œuvres → une vidéo humoristique de Gus Johnson en lien avec le premier article de ce numéro.
YouTube muséifié | Le Victoria & Albert Museum (V&A) de Londres a fait l’acquisition d’une reconstitution de la page originale de visionnage de YouTube à ses débuts (2006) et de la première vidéo postée dans la plateforme le dimanche 24 avril 2005 (‘Me at the zoo’). Cette reconstitution technique qui n’a pas été si simple est aujourd’hui présentée (in situ) aux visiteurs du V&A.
Nouveaux récits | La FEMS (fédération des écomusées et des musées de société) publie sous la forme d’un document de 86 pages les réflexions issues de ses rencontres 2025 → “Nouveaux récits des écomusées et musées de société”.
Mauvaise voix ? | Il y a quelques semaines, plusieurs médias annonçaient que des scientifiques français avaient réussi la prouesse de reconstituer (tout du moins en partie) la voix d'Henri IV à partir de sa tête momifiée. Problème d’importance, la tête qui aurait servi à produire la reconstitution vocale ne serait peut-être pas celle d’Henri IV → voir la vidéo de Yann Bouvier (alias YannToutCourt) sur le sujet.
Thèses en Design | hébergé par Nîmes Université, le site web “Thèses francophones en Design“ recense plus de 300 thèses et permet un accès facilité à celles-ci. /Via Renaud Mignerey
Cyberespace | Il y a un peu plus de 30 ans, le 8 février 1996. John Perry Barlow proclamait à Davos sa fameuse « Déclaration d’indépendance du cyberespace ». Dans un article publié dans le site de C&F éditions, Hervé Le Crosnier revient sur le contexte de cette déclaration et la situation actuelle du Cyberespace (plus connu sous le nom d’Internet).
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C’est déjà la fin de ce numéro 162.
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A tout soudain ici ou ailleurs,
o m e r
Je suis Omer Pesquer → Hors des routes balisées et des imaginaires dominants, je sonde les «autres numériques» : des numériques fertiles, conviviaux, joyeux, robustes, frugaux et parfois même sauvages. D’«autres numériques» que je présente et mobilise lors d'interventions diverses : ateliers, accompagnements de projets, conférences, publications, créations personnelles...
P.S.: Merci à Michel Kouklia, mon partenaire dans KMnOP, pour la relecture de ce numéro.
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Plutôt que tenter de faire le tour du Louvre en moins de 9 minutes, se pointer devant n'importe quel objet, sculpture, peinture pris au hasard et rester 9 minutes devant. Ce serait une course de fond pour nombre d'entre nous ;-)
Je suis chaud pour un speedrun à la Galerie des Offices de Florence ;)