Dans les dessins

Muzeodrome #41

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

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Ce numéro de Muzeodrome est un peu spécial. Il est consacré aux dessins.
En ces temps [toujours] étranges et incertains, voici cinq choses qui valent la peine d'être partagées avec vous cette semaine :

1) Dans les têtes de Stéphane Blanquet 🤯🤯🤯

J'ai croisé pour la première fois les dessins de Stéphane Blanquet dans des graphzines au milieu des années 1990 alors qu'il était déjà éditeur de publications souterraines. Un jour de 1996, suite à une bonne discussion dans la librairie du regretté Jacques Noël ("un Regard Moderne"), il m'a embarqué avec lui dans différents projets à commencer par son premier site web (mis en ligne en janvier 1997)...

Dés le début de son parcours, Stéphane Blanquet s'est attaqué à de multiples domaines artistiques avec un féroce envie d'exploser les limites de ceux-ci (bande dessinée, illustration, animation...). Aujourd'hui, toujours éditeur et artiste plasticien, il continue inlassablement d'explorer les formes, les couleurs, les textures, les matières et les altérités.

C’est à l’intérieur de soi que ça se passe, à l’intérieur de moi que sont mes images, mon univers, mes univers. Une tête ne suffit pas à contenir toutes mes envies, il m’en faut toujours plus, comme à mon habitude, plus de tout, plus de couleurs, plus d’espace, et évidemment plus de têtes.” Stéphane Blanquet

Après avoir exposé au Mac Lyon en 2009, au Centre Pompidou en 2016, au Fürstenfeldbruck Kunsthaus (Allemagne) en 2017 et à l’Abbaye d’Auberive en 2018, la Halle Saint-Pierre (Paris) lui ouvre grandes ses portes pour une exposition évolutive et "gargantuesque" au rez de chaussée du musée (du 5 septembre 2020 au 30 juillet 2021).

Le monde selon Stéphane Blanquet est un monde réduit à ses soubassements pulsionnels et organiques.  Mais l’artiste en établit sa propre topographie, créant dans un style exubérant, presque effrayant, de nouvelles relations entre les mots, les images et les corps.” Martine Lusardy, directrice de la Halle Saint-Pierre

Une exposition évolutive, où Stéphane Blanquet présente "tous les quatre mois de nouvelles œuvres : installations, œuvres peu montrées, tapisseries, totems, de nouvelles têtes....". A partir de 11 janvier 2021, il invite de plus une cinquantaine d’artistes du monde entier dans l’espace à l’étage de la Halle. Avec tout cela, Stéphane Blanquet ne délaisse pas ses activités d'éditeur. Pendant toute la durée de l’exposition, il a prévu de publier avec un rythme hebdomadaire "La Tranchée Racine"*, revue au format tabloïd (66 x 46,5 cm), comme une "excroissance graphique, en couleurs, de l'exposition, présentant les œuvres de près de 500 artistes". 42 numéros sont envisagés ; un projet fou comme en a l'habitude l'artiste qui a envie de toujours "plus de tout" !

2) Dans les musées dessinés de Christelle Téa 🏛️🏛️✏️

Dessiner le musée c'est le montrer autrement. Le Musée Cognacq-Jay (Paris) devait présenter pendant ce printemps 2020 l'exposition "Musées dessinés" de Christelle Téa

“Au cours d’une saison, la jeune artiste, diplômée des Beaux-Arts de Paris, s’est plongée dans le quotidien du musée Cognacq-Jay pour le croquer de son trait minutieux. D’un dessin à l’autre, elle écrit un récit intime du musée où se mêlent portraits de lieux, portraits d’œuvres et portraits de vie.” 

Une exposition reportée à une date ultérieure en raison du contexte sanitaire qui a entrainé la fermeture des musées ce printemps. En attendant, vous pouvez (re)voir le numéro de « La Boîte Noire » de Canal+ dans lequel la dessinatrice explique pourquoi et comment elle travaille sur le vif. Cette émission montre aussi comment, en partant d'un détail, l'artiste développe son dessin comme un lierre pour conquérir toute la page. Je vous invite par ailleurs à suivre son compte Instagram. Dans celui-ci, vous pourrez entre autres observer Christelle Téa en train de dessiner dans la bibliothèque centrale du Museum National d'Histoire Naturelle de Paris.

3) Avec les bras robots de Patrick Tresset 🦾🦾🦾

Un robot artiste - c'est un robot qui travaille à la chaine à l'usine, qui s'arrête, et qui commence à taper sur la voiture pour en faire une sculpturePatrick Tresset (source)

Aujourd'hui basé à Bruxelles, Patrick Tresset est surtout connu pour ses installations performatives qui explorent la pratique du dessin à l'aide de systèmes informatiques et de robots.

Il est vrai que Paul, né en juin 2011, n'est pas un artiste comme les autres. Constitué d'un bras articulé couplé à une caméra numérique motorisée, ce robot a été créé par Patrick Tresset, dans le cadre de son doctorat, au département informatique du Goldsmiths College de l'université de Londres”. Catherine Mary in Le Monde (29 novembre 2012)

Actionnés en appliquant des principes issus de recherches sur le comportement humain et sur la perception, Paul et ses plus jeunes frères peuvent dessiner des objets, des êtres humains (présents ou pas), ou eux-mêmes.

Tresset a programmé les robots pour qu'ils expriment différents traits de comportement, comme la nervosité ou la timidité. Certains des robots semblent s'atteler à leur tâche avec vigueur, tandis que d'autres travaillent plus lentement et semblent être appréhensif. Tresset s'intéresse à la façon dont nous humanisons les robots ; son travail, dit-il, concerne davantage la nature humaine que la technologie...Victoria Turk in Wired UK (24 Mai 2017)

Les robots de Tresset ont fait le tour de monde. A Paris, ces dernières années, il a été possible de voir ceux-ci au Centre Pompidou (2013), à la Variation Paris Media Art Fair (2015), ou encore au Grand Palais (exposition Artistes & Robots - 2018). Si ces robots dessinateurs sont si particuliers c'est parce qu'ils sont profondément liés à l'histoire personnelle de Patrick Tresset et à son rapport à la création. Comme le disait le vulcain Spock : “fascinant” !

4) Dans les ombres de Rashad Alakbarov 👥

Depuis longtemps des artistes s'inspirent des théâtres d'ombres. Parmi les artistes plasticiens contemporains particulièrement impliqués de cette recherche, l'artiste hollandais Diet Wiegman et ses "light sculptures" (depuis 1984), ou encore aux artistes britanniques Tim Noble et Sue Webster qui utilisent des objets récupérés pour leurs "shadow sculptures".     

Très inspiré par ces démarches, l'artiste Rashad Alakbarov, qui vit à Bakou [Azerbaïdjan], réalise des œuvres dont les ombres projetées peuvent être perçues comme des dessins. Son installation intitulée « Le prince lit un livre » est visible jusqu'au 17 Janvier 2021 dans l'exposition "miniature 2.0” présentée par le Pera Museum (Istanbul, Turquie).

5) Sur les tapis roulants de Philippe Dupuy 🖼️⚙️

Il est évident que la bande-dessinée a acquis ses dernières années une semi-légitimité auprès des institutions culturelles, comme le montre Jacques-Erick Piette dans sa thèse "Le neuvième art, légitimations et dominations" (2016).

Du 21 juillet 2020 au 3 janvier 2021, le musée Picasso présente l'exposition « Picasso et la bande dessinée » (#PicassoBD) qui “explore l’histoire foisonnante de ces échanges et appropriations croisées”. Au sous-sol de l’hôtel Salé sont présentées des formes monumentales et contemporaines de bandes dessinées, à commencer par une grande fresque murale de François Olislaeger. “Au rez-de-chaussée, le parcours met en lumière le goût de Picasso pour la bande dessinée, en explorant notamment ses lectures et en restituant ainsi une part méconnue de sa culture visuelle, largement imprégnée de sources populaires...”. En visitant l'exposition, j'ai eu beaucoup de plaisir à contempler des originaux anciens (Winsor McCay, Rudolph Dirks...) ou récents (Art spigelman... ), mais la pièce dont je veux vous parler aujourd'hui est un tapis roulant!

On connaît Philippe Dupuy pour son travail d'auteur de bande dessinée, notamment aux côtés de son acolyte Charles Berberian. On sait moins, en revanche, que le dessinateur est un grand amateur d'art ; qu'il fut l'élève, sur les bancs des Arts déco, du célèbre critique d'art Pierre Cabanne ; qu'il n'a depuis cessé de nourrir sur le sujet une réflexion passionnée.” Extrait de la présentation de l'ouvrage "Une histoire de l'art" (livre dépliable de plus de 23 mètres recto verso dont le contenu fut initialement publié sur la plateforme en ligne Professeur Cyclope)

En 2017, Philippe Dupuy présentait son histoire de l'art, prévue initialement pour être lue sur écran, au Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême avec une étonnante machine de 13 mètres de long. Dans l'exposition « Picasso et la bande dessinée », une version réduite de cette machine est active, avec celle-ci l'auteur fait “discourir Picasso à propos de l'art abstrait”. 

On oublie trop souvent les possibilités offertes par les machines mécaniques dans les expositions. Le tapis roulant de Philippe Dupuy souligne l'intérêt persistant de ce type d'appareil pour la monstration des œuvres ou de leurs reproductions.

Bonus) Dans les pages d'Exposcope 🎨🖍️

Ce numéro est aussi l'occasion de mettre en avant Exposcope, un blog consacré à la médiation culturelle des expositions. A l’origine animé par six étudiantes en master 2 Médiation culturelle de l’Ecole du Louvre, ce blog est aujourd’hui piloté par Lucie Revellin. Un point rend ce blog remarquable et dans le thème de ce numéro spécial de Muzeodrome : les dernières publications de celui-ci sont illustrées par des dessins effectués à l'ordinateur en se basant sur des photos de visites (exemple) -> une belle démarche.

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A tout soudain,

Omer Pesquer { https://omer.mobi/ }

Ps : Merci à @dr_kouk pour sa relecture de ce numéro et des précédents.