Plus étrange que la bonté

Muzeodrome #55

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

Voici trois choses qui valent la peine d'être partagées avec vous cette semaine :

1) Nick Cave dans la lumière 🎸🎤

C’est dans “Les Ailes du désir” de Wim Wenders, que j’ai vu et entendu Nick Cave pour la première fois, c’était en 1987. Ensuite, j’ai assisté à de multiples reprises aux concerts mémorables de ce chanteur phénoménal avec son groupe les Bad Seeds - la première fois à l’Élysée Montmartre en 1988 puis à l'Olympia en 1990…

Nick Cave est aujourd’hui internationalement connu comme chanteur, auteur et compositeur. Son œuvre complexe, qui s’appuie sur de nombreuses formes narratives, englobe “un large éventail de médias et de modes d'expression” (romans, poèmes, scénarios, dessins)...

Depuis le 8 juin 2020, The Black Diamond - Bibliothèque royale du Danemark (Copenhague) présente “Stranger Than Kindness: The Nick Cave Exhibition”, un voyage dans son monde créatif :

“Lorsque la Bibliothèque royale du Danemark m'a contacté avec l'idée d'une "exposition Nick Cave", j'étais réticent à m'impliquer. Je ne suis pas nostalgique par nature et je n'avais pas le temps de faire un voyage dans le chemin de la mémoire. Mais l'équipe de la bibliothèque était manifestement des gens sérieux avec une merveilleuse énergie contagieuse et ils m'ont attiré !” Nick Cave

Conçu en collaboration avec l’artiste, l’exposition “Stranger Than Kindness” présente une “série d'installations immersives qui permettent aux visiteurs d'habiter les pensées et le processus créatif d'un artiste. Il s'agit d'une narration tangible et physique, dans laquelle l'espace et la conception de l'exposition deviennent une extension des nombreuses histoires contenues dans la vie et les écrits de Nick Cave”. Une des installations, créée en collaboration avec les artistes Iain Forsyth et Jane Pollard, propose une reconstruction complète du bureau privé de Nick Cave avec sa bibliothèque.

Nous avons créé une exposition qui ne ressemble à rien de ce qui a été fait auparavant, les pieds ancrés dans le passé mais qui s'étend dans un avenir incertain. Au final, nous avons pu monter une exposition d'un détail extraordinaire qui témoignait de la nature fragile et vulnérable de l'identité.Nick Cave

En soutien et contraste avec le récit physique déployé dans les huit salles de l'exposition, un paysage sonore amplifie l’immersion ; un paysage composé par Nick Cave et son collaborateur musical de très longue date, Warren Ellis (membre des Bad Seeds depuis 1996).

Un bel ouvrage qui plonge dans l’histoire créative et les archives personnelles de l’artiste accompagne l’exposition. Celui-ci “est composé de reproductions en couleurs d’œuvres jamais présentées au public, de paroles manuscrites, de photographies et d’objets personnels assortis de commentaires et de réflexions de Nick Cave, Janine Barrand et Darcey Steinke” (Extrait de la présentation de l’édition française aux éditions Michel Lafon).

Initialement prévue du 23 mars au 3 octobre 2020, l’exposition “Stranger Than Kindness” a été décalée en raison de la crise sanitaire. Elle se termine le 13 février 2021.

Note 1 : j’ai rédigé cette notule en écoutant (plutôt qu’en regardant) la “Bad Seed TeeVee” qui diffuse depuis le 24 avril 2020 7j/7 et 24h/24 des vidéos de l’artiste (parfois des raretés, des vidéos de fans ou encore des performances en direct).

Note 2 : écrit par Anita Lane & Blixa Bargeld, le titre “Stranger Than Kindness” figure sur le quatrième album studio de Nick Cave and The Bad Seeds : “Your Funeral... My Trial” (1986) - Pour vos oreilles, la très calme version de ce titre de l’album “Live From KCRW” (2013).

2) Se délecter avec Noëmie Roussel 🖼️📹

Normande d’origine, je suis arrivée à Paris pour mes études et à l’époque, je cherchais désespérément à lire des blogs ou sites accessibles sur les musées et les expositions du moment. Ne trouvant pas mon bonheur, je me suis lancée ! 

J’ai croisé le travail de Noëmie Roussel, passionnée d’art et de patrimoine, alors qu’elle venait en 2009 de lancer son blog « zest for art » - zestforart.com, un espace web où elle partageait et partage toujours ses visites et coups de cœur. Très dynamique et aujourd’hui âgée de 32 ans, Noëmie Roussel travaille pour France Télévisions :

Après plusieurs années à la direction du numérique, je suis aujourd’hui à la direction de la culture où je suis en charge de l’offre vidéos Culture Prime pour France Télévisions et de la stratégie numérique des émissions culturelles du groupe. 

Peux-tu nous parler du nouveau format que tu as conçu à la fois pour France Télévisions et pour Culture Prime ?

France Télévisions souhaitait mettre à l’honneur et soutenir les musées qui ont su s’adapter à la crise sanitaire en proposant des contenus originaux. Avec Culture Prime, nous avions déjà de beaux sujets à mettre en avant mais il nous manquait plusieurs expositions du moment. 

Une belle occasion pour proposer des visites éditorialisées en lien avec ces grandes expositions.

L’idée était de ne pas être redondant avec les visites virtuelles déjà proposées par certaines institutions comme le Centre Pompidou. Autre objectif : ancrer ces visites dans notre réalité, c’est pourquoi nous avons anglé avec un verbe chacune des visites : voyager avec Turner, s’évader avec Matisse, photographier avec Man Ray, rêver avec Sarah Moon etc. 

Comment envisagez-vous les suites aux premiers épisodes ?

Les épisodes vont être diffusés sur france·tv et les réseaux sociaux de France tv arts et Culture Prime, nous allons voir comment ils sont accueillis. Si ce format rencontre son public, il pourrait être repris pour de futures expositions. 

La plateforme Culture Prime semble avoir rencontré ses publics ? Ceux-ci sont-ils en partie différents de ceux de France-Tv ? 

Oui complètement ! Nous sommes à 40 millions de vues par mois en moyenne uniquement sur Facebook avec un public beaucoup plus jeune et féminin que les antennes linéaires. On publie entre 70 et 80 vidéos par mois. 

28% des abonnés ont entre 25 et 34 ans et 21% entre 35 et 44 ans. Nous avons 62% de femmes.

Une anecdote lors du tournage ?

Tourner dans un musée, c’est vraiment compliqué ! Entre la lumière, les grilles d’aération, les panneaux lumineux de sortie, les extincteurs, les reflets dans les vitres, les sonores dans les expos, tourner chaque plateau a été un challenge de tous les instants. Pour vous donner une idée de l'ampleur de la tache, nous avons trois plateaux et une interview par numéro ;-) 

Lectrices et lecteurs de Muzeodrome, Noëmie Roussel (@noemie_roussel) est preneuse de vos retours sur ce nouveau format. N’hésitez pas à lui faire part de vos impressions…  

L’offre de France Télévisions Les musées chez vous” est à retrouver à l’URL : www.france.tv/collection/2144869-les-musees-chez-vous/

3) N’oubliez pas les guides 🧍‍♀️🧍‍♂️

@guideconf30 est guide-conférencière depuis plus de 25 ans en Provence (au sens large : vallée du Rhône, Occitanie, Ardèche). Sa clientèle est principalement étrangère, plus particulièrement des germanophones et des anglophones.

Je n'interviens pas vraiment dans les musées, à de rares exceptions près, notamment lorsque la visite d’un musée est prévue dans un circuit de visite. Car je guide et accompagne un groupe souvent sur plusieurs jours ce qui inclut des visites de sites, de monuments, mais surtout des visites de villes et villages, des visites œnotouristiques... Je ne suis donc pas rattachée à un musée ou un site en particulier.

Quel est la situation des guide-conférencièr-e-s actuellement ?

La situation actuelle des guides-conférencièr·es est plutôt catastrophique, même s’il faut nuancer selon les régions, les domaines d’intervention (publics scolaires, séniors, clientèles étrangères...) et les statuts professionnels (statut salarié, indépendant ou mixte). Ce sont les statuts qui déterminent les droits aux aides gouvernementales et le moins qu’on puisse dire, c’est que ces aides ont été diversement accordées (pour une partie des guides il n’y a rien eu du tout). Le plus dur à vivre reste l'incertitude quant à une éventuelle reprise.

Vos rapports avec le numérique semblent compliqués ? En lisant vos publications dans Twitter, on pourrait avoir l'impression que les propositions numériques des musées auraient pris la place de celles des guide-conférencièr·e·s pendant la période actuelle ?

Je ne dirais pas que les propositions numériques ont pris la place des guides-conférencièr·e·s, mais il est un peu dur de se réjouir de ces initiatives lorsqu’on n’y est pas (ou très peu) associé. C’est une problématique qui n’est pas nouvelle : les guides sont bien sûr en contact direct avec le public, mais il est plutôt rare qu’on les associe à une réflexion sur ces sujets (ou d’autres d’ailleurs).

L’impression que vous avez pu avoir via mes publications Twitter vient probablement du fait que moi et d’autres collègues, nous nous sommes servis des événements des musées (comme la Nuit des Musées par exemple) pour parler et alerter sur notre situation.

Et pourtant ne pensez-vous pas qu'il y aurait à trouver de nouvelles et belles formes de visites accompagnées ou prolongées par le numérique ?

Oui, pourquoi pas, je pense que le numérique et les visites peuvent être complémentaires. Twitter me sert de veille sur bon nombre de sujets concernant les musées ou le monde culturel.

Je suis néanmoins sceptique concernant les visites "virtuelles". Cela vient peut-être de ma façon d'exercer mon métier qui est basé sur le contact direct et sensible avec les éléments (météo, paysages, …). Je ne commercialise pas moi-même mes visites et n’avais jusqu’à présent aucun problème de trouver une clientèle (les réseaux traditionnels fonctionnaient très bien), j’ai donc du mal à envisager l’aspect prospection ou marketing de ces propositions en ligne.

Selon-vous, comment va évoluer la situation des guide-conférencièr·e·s à la réouverture des musées le 15 décembre 2020 ?

Personnellement je ne vois pas un changement majeur dans le fait que les musées rouvrent, pour les collègues à Paris c’est probablement autre chose. Dans mon cas, le travail reprendra, croisons les doigts, au plus tôt en mars, avril.

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A tout soudain,

Omer Pesquer { https://omer.mobi/ }

Ps : Merci à @dr_kouk pour sa relecture de ce numéro et des précédents.