C'est encore à vous 👋
muzeodrome #165 - S07E10 - numéro spécial des lectrices et lecteurs
Bienvenue dans muzeodrome, l’infolettre qui explore les numériques alternatifs, les pratiques divergentes et les démarches prospectives à l’œuvre dans les musées, les expositions et au-delà.
Pendant l’été 2021, muzeodrome avait publié un numéro spécial qui laissait la parole à ses lecteurs et lectrices. Je ne comprends vraiment pas pourquoi je n’ai pas reconduit ce format depuis. C’est chose faîte avec ce numéro 165 de l’infolettre.
Bonnes découvertes,
o m e r - psqr.fr
P.S.: Merci à Michel Kouklia pour la relecture de ce numéro.
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La fraîcheur d’Elliott
{ Michel Rouger 🍧}
Alors que nous traversons des périodes de fortes chaleurs, le musée va-t-il devenir un refuge climatique par suite des diverses actions de communication vantant les salles climatisées ou l’exceptionnelle gratuité d’accès ? L’avenir nous le dira !
Pour ma part, j’ai plongé dans un bain de fraîcheur en ouvrant l’ouvrage Musées observés du photographe Elliott Erwitt (1928-2023) ! Le concept est simple et c’est Elliott qui en parle le mieux : « … j’aime voir des œuvres d’art mais aussi observer le spectacle de ceux qui les regardent » ; le principe de l’arroseur arrosé donc, ou plutôt du regardeur regardé !
Des années 50 à nos jours, ses photos en noir et blanc, traduisent son humour tendre et son regard facétieux, celui du gamin qui a fait une bonne blague ! Une fraîcheur enfantine qui fait un bien fou, en période de canicule ou non !
Aujourd’hui sur les réseaux sociaux, les visiteurs de musées font le show : chercher son sosie dans une œuvre via une appli dédiée, reproduire la position d’une sculpture ou prendre la pose identique à celle d’un tableau. Stefan Draschan, sur son compte Instagram, capture les visiteurs dont la tenue fait écho au tableau qu’ils regardent. La couleur joue un rôle primordial dans son travail à la différence du noir et blanc d’Elliott ! Mais l’esprit s’en approche !
Modestement, je m’amuse aussi à photographier non pas l’œuvre, mais la manière dont elle est regardée. Cela en dit long sur nos sociétés et sur ce que signifie l’expérience du musée. Et parfois j’aime rester devant une œuvre comme si elle m’appartenait, m’amusant de l’agacement que ma présence crée pour les regardeurs qui veulent la photographier. Ça doit être mon côté sale gosse facétieux !
Merci Elliott !
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→ Professionnel et amateur éclairé des musées, Michel Rouger a dirigé plusieurs lieux culturels. Dans muzeodrome, vous pouvez (re)lire son article “Un visiteur peut en cacher un autre !“ (n°90, août 2021) et son entretien à propos du nouveau parcours permanent du MuséoParc Alésia (n°83, juillet 2021)
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Le musée rêvé
{ Renée Zachariou 🌙 }
Je rêve d’une exposition de rêves d’expositions.
Je m’explique.
Je rêve souvent que je vais au musée, et je suis sûre que je ne suis pas la seule.
Quel serait le top 3 des musées qu’on visite la nuit, bien après les nocturnes ? Les expositions temporaires de la saison ont-elles le temps de faire irruption sur nos oreillers ? Ces rêves sont-ils apaisants ou bien y fait-on face à des espaces surchargés de visiteurs, à traverser cinq minutes avant leur évacuation ?
Mon inconscient a tranché : c’est le Palais de Tokyo que je préfère. Peut-être parce qu’il s’agit du premier espace d’art que j’ai découvert à mon arrivée à Paris en 2010. D’ailleurs, comme beaucoup de choses en rêves, c’est faux : le Palais de Tokyo a rouvert en avril 2012.
Je pense qu’il a gagné sa place dans ce hit-parade personnel grâce à son architecture, qui se module à l’infini. Dans mes rêves, les cimaises sont immenses, la vue sur Paris imparable, les œuvres sublimes (mais j’aurais bien du mal à les décrire). Il se confond souvent avec le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, son pendant parfait mais pourtant si différent, où j’étais en stage à l’été 2014.
En général, je rêve que je dois repasser le bac, que je vais rater l’avion, ou que je suis poursuivie par une force maléfique. Mes rêves de musées sont des moments de répit, et je les vis comme de vraies expériences esthétiques, même si elles s’évaporent au réveil.
Je ne sais pas à quoi ressemblerait cette exposition de rêves d’expositions. Peut-être qu’il y aurait des dessins, des installations, des vidéos. Peut-être qu’il n’y aurait rien. Rien d’autre que des chaises longues dans lesquelles s’allonger, et rêver…
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→ Plume freelance, Renée Zachariou est “spécialisée sur les formats longs, avec une appétence particulière pour les sujets tech et environnement”. Renée est aussi autrice de fiction (Mœdium publié en 2026 par Mnémos) et éditrice de l’infolettre Chaussettes de soirée.
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Nonne-art
{ Raoul Bonnaffé ⛪}
Parmi les nombreux angles morts que nous laisse l’Histoire, il y a celui de l’art populaire. Tout ce que les gens pouvaient bricoler dans leur coin, sur leur temps libre, tous ces facteurs chevaux condamnés à un oubli dont ils sont peut-être bien satisfaits : tout le monde ne veut pas rester.
On a des surgissements heureux gravés dans la pierre, comme la première représentation connue de la crucifixion : le graffiti d’Alexamenos piquant comme un dessin du journal Hara Kiri, où l’empereur Augustin adore un âne crucifié. Plus tard, c’est dans l’art religieux qu’on devine des pratiques, des dessins à la Renaissance révèlent de petits autels taillés dans les arbres, ou dans des espaces plus marginaux comme ces tracés sur les murs qu’on distingue dans certaines peintures de tavernes et bordels. Autant de création qui nous donne le sentiment d’accéder à un pan inconnu d’inconscient collectif, proche et lointain à la fois.
C’est ce sentiment qu’on peut retrouver devant les boites de nonnes, ces objets étonnants fabriqués dans les couvents entre le XVIIIe siècle et les années 1930. Papiers pliés, gravures découpées, fleurs séchées, mie de pain, babiole en tout genre et autre morceau de mousse viennent former des univers étonnamment semblables sur le temps long. Ces dioramas reproduisent souvent des scènes bibliques, ou la propre cellule de la religieuse avec tout le mobilier en miniature.
Longtemps négligées, elles sont aujourd’hui collectionnées et on peut en admirer un certain nombre au musée de Fourvière à Lyon jusqu’au 23 août. L’occasion de plonger, parfois avec l’aide d’une lampe de poche, dans ces petits univers fait de gestes simples, pliages attentionnés, composition ornementale méticuleuse et astuce de scrapbooking avant l’heure pour cette ultime trace laissée au monde extérieur.
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→ Raoul Bonnaffé est “designer graphique au sein de Bonjour Monde”. “Adepte de bricolage en tous genres et obsédé par ces gens qui firent des images en Europe entre 1300 et 1600”, il est l’éditeur du très singulier site Web La Musée - (Re)lire son entretien dans muzeodrome n°159 (décembre 2025).
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Une aventure collective !
{ Thomas Iris 🤲}
Je suis Thomas Iris, historien de formation, designer indépendant depuis plus de 15 ans et co-fondateur de Mémonautes.
Depuis dix ans, je travaille avec des bibliothèques patrimoniales, des musées, des services d’archives. Ce que j’y observe est presque universel : des professionnels passionnés, des collections fascinantes, de vrais trésors d’histoires à partager !
Et pourtant, atteindre les publics est laborieux et souvent décourageant.
Mémonautes est notre réponse pour permettre aux professionnels de raconter et faire circuler ces histoires. Nous la construisons avec Gabrielle (bibliothécaire patrimoniale), Benjamin et Leia (notre duo technique) et les nombreux professionnels du patrimoine qui ont embarqué et partagent avec nous leurs idées.
Après deux années d’enquête et de rencontres continues (plus de trente professionnels représentants plus de vingt institutions), nous sommes en train de finaliser le premier prototype d’un outil mutualisé : une plateforme numérique pour créer des histoires à partir des collections, les faire voyager et les partager avec les publics — et bientôt, un espace d’échanges dédié à la communauté des professionnels du patrimoine.
« Il n’existe pas sur le marché aujourd’hui un outil numérique mutualisé sur le territoire français qui permette aux établissements patrimoniaux de faire de la médiation numérique. »
— Matthieu G., Chef de service “Coopération numérique et Gallica” - BnF
Nous l’avons entendu au cours de nombreux entretiens et nous croyons profondément dans la mutualisation : pour partager les coûts, les ressources, la visibilité, le choix des évolutions futures… Vous êtes plus de 2500 établissements patrimoniaux en France avec des besoins communs, construisons ensemble !
NB : Mémonautes est une entreprise de l’Économie Sociale et Solidaire.
Pour suivre cette aventure : memonautes.fr - bonjour@memonautes.fr
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Le gobelet
{ Xavier Adraste 🥤 }
12h45, Paris est debout depuis longtemps, le vélo électrique qui passe à toute vitesse sur la vélo-route me fait presque tomber.
Pourtant toute calme, l’avenue de l’Opéra est remplie de voiture-pédale à cette heure de la journée. Je regarde la façade de l’Opéra Garnier en cours de restauration depuis son incendie de l’hiver 2048 et gare mon vélo devant l’entrée du musée.
Dans le hall, le lieu est calme, je renseigne mon mode de déplacement, prends une tablette en bois et pénètre dans la première salle à l’étage.
La salle est presque vide, et je me dirige vers les premières vitrines.
Ça y est, ils sont là, je les vois devant moi.
Je jette un coup d’œil au cartel. « Bouteille d’eau naturelle 8L Volvic – France - 2026 ». Magnifique.
Je déambule, consulte quelques informations sur la tablette en bois et poursuis ma visite au milieu de quelques anglais.
Je me rapproche du deuxième cartel, l’objet est encore plus étonnant : « Verre en plastique dit gobelet – Polypropylène PP - France - 2026 ». Incroyable, quelle chance d’être là, j’en avais jamais vu en vrai.
Tout à coup, sortant de la fenêtre du balcon, deux hommes rentrent dans la salle d’exposition. Le premier brise la vitrine avec une disqueuse à manivelle, quand le deuxième met rapidement le fameux gobelet dans son sac de sport. L’alarme se met à retentir fort mais ils sont déjà sortis par le balcon...
Je me rapproche de la fenêtre, et vois la voiture-pédale filer à toute allure sur la vélo-route.
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→ Maker, prestataire, entrepreneur et formateur, Xavier Adraste crée “des connexions numériques durables entre des publics et les patrimoines”. Dans muzeodrome, vous pouvez (re)lire son entretien à propos du no-code (n°105, février 2022).
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C’est toujours à vous 🫵
{ Omer Pesquer 🖖}
Vous venez de lire cinq articles écrits par des lectrices et lecteurs de muzeodrome. Et si dans le prochain numéro de l’infolettre, c’était vous ?
Si un sujet qui vous anime, n’hésitez pas a déposer votre proposition de sujet en commentaire ou à me l’envoyer directement un courriel. Cette proposition peut être une notule sur une exposition ou un dispositif, un billet d’humeur, un entretien, une courte nouvelle de science-fiction, voir même un strip ou un dessin d’humour… Surprenez-moi, surprenez-vous ;-)
Les propositions retenues seront publiées fin août 2026 dans le numéro 166 de l’infolettre.
Merci d’avoir lu le numéro 165 de muzeodrome ! Avant de partir, n’oubliez de partager ce numéro ou de donner votre avis sur celui-ci (💬 📩 💜).
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