Ici, les chevaliers se hâtent

Muzeodrome #64

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

En ces temps étranges et incertains, voici quatre choses qui valent la peine d'être partagées avec vous cette semaine :



1) Une épopée de 70 mètres ⚔️

La Tapisserie de Bayeux raconte une fabuleuse épopée - celle de Guillaume Le Conquérant, “duc de Normandie, devenu roi d’Angleterre en 1066, à l’issue de la Bataille d’Hastings”. D'une longueur d’environ 70 mètres et d’une hauteur d'environ 50 centimètres, cette broderie de fils de laine est constituée de neuf panneaux en lin assemblés en une seule pièce.

Grâce à un panorama numérique, il est maintenant possible d’explorer en ligne cette œuvre unique inscrite depuis 2007 au registre Mémoire du monde par l'UNESCO.

Et, il y a de quoi explorer : “58 scènes, 600 personnages, 500 animaux de toutes sortes, 200 chevaux, 50 arbres…

”L’internaute a désormais accès à la toile brodée dans son intégralité. Parmi les outils d’exploration à disposition, la fonction zoom permet de visualiser l’œuvre dans son ensemble lorsque qu’elle est au minimum et d’aller jusqu’aux détails des motifs brodés en focus maximum.”

Un point intéressant de ce beau panorama numérique tient à la nature de l’œuvre. Il est nécessaire de dézoomer pour visionner la totalité de la broderie ; et à cette échelle, ses motifs ne sont plus identifiables.

Internationalement connue, la Tapisserie de Bayeux et son graphisme ont souvent inspiré la culture populaire. Médias, produits dérivés, cinéma, caricaturistes, beaucoup font référence à ce chef d’œuvre du 11ème siècle pour illustrer une époque, faire passer des idées politiques etc...”

Et si au delà de la consultation approfondie de la Tapisserie de Bayeux, vous voulez jouer avec ses éléments, vous pouvez mobiliser le fameux “Historic Tale Construction Kit (projet imaginé en 2002 par deux étudiants de l'Académie des arts médiatiques de Cologne). Il est d’ailleurs fort probable que c’est avec cet éditeur que le compte Twitter @Belletapisserie (Les Belles Tapisseries Autogérées) construit les images de ses tweets.

2) L’escamoteur du Louvre ✨

Dans une micro-vidéo diffusée par le Musée du Louvre le 2 février 2021, le “créateur de contenu” Frederico Stauffer, habillé du t-shirt Mona Lisa de la collection #UniqloXLouvre, fait disparaitre la Joconde.

Vidéaste et photographe, Frederico Stauffer est un des membres de l’équipe de Follow: “une agence de marketing spécialisée dans l'influence” (parmi les jeunes influenceurs/ses que l’agence représente : Paola Locatelli -paola lct-, Sundy Jules, Danae Bessin, Mayadorable, Enzo Prissant -Enzo, Tais-Toi !-, Style Tonic…).

La vidéo de l’escamotage de la Joconde a été publiée dans les posts classiques d’Instagram mais aussi dans les “Reels”, format lancé par la plateforme appartenant à Facebook pour concurrencer Tik Tok. Résultat pour le Musée du Louvre de ce “coup marketing” jouant le jeu de l’économie de l’attention : une forte audience pour sa publication. Pourtant au niveau de la créativité, cette vidéo semble avoir pioché une grande partie de son inspiration dans une des “vidéos magiques” de Zach King (voir notule 3). Le 1er Mars 2014 dans Vine et quelques mois plus tard dans son compte Instagram, Zach King faisait disparaître la Tour Eiffel dans une micro-vidéo. Une micro-vidéo qui comporte de nombreuses similitudes avec celle de Frederico Stauffer. Je vous laisse en juger…

Notes : Les commentaires de la publication Instagram du Musée du Louvre ont été désactivés. // Zach King a plusieurs fois utilisé le même tour (ici à Hangzhou en chine en 2018) …

/sur #UniqloXLouvre > voir Muzeodrome n°63
/via Anaïs Couteau pour la vidéo diffusée par le Musée Du Louvre.

3) Le roi des micro-vidéos 🤴

En mars 2012 était lancé Vine, la matrice des applications sociales basées sur des “micro-vidéo en boucle”. Très vite achetée par Twitter, l’application et ses vidéos d’une durée 6 secondes attira de nombreux vidéastes créatifs, avant de disparaitre par manque de modèle économique pour ceux-ci. Parmi ces créatifs, l’états-unien Zach King qui s’est fait connaitre par ses vidéos magiques basées sur des montages très habiles et des mises en scènes inventives. Depuis l’arrêt de Vine, King continue de diffuser ses vidéos spectaculaires dans Instagram et Youtube (où il avait débuté en 2008). Dans ses réalisations, l’illusionniste numérique a plusieurs fois joué avec l’univers des musées :

Aujourd’hui, Zach King invite les internautes à s’inspirer de ses micro-vidéos. Dans sa chaine, il présente régulièrement des compilations de ces meilleures (re)créations.

Empruntant un des tours de King, l’Egham Museum (Angleterre) avait diffusé en août 2020 une courte vidéo accompagné du message suivant :

Notre site web comporte une nouvelle fonction interactive, qui vous permet de saisir des objets de musée sur votre écran d'ordinateur. Il vous suffit de porter un gant en nitrile pour déverrouiller cette nouvelle fonction”. @EghamMuseum

Une fonction qui reste pour l’instant dans le domaine de la magie même pour les chats!

/Merci à @ElisaGravil pour l’ensemble de sa veille et son repérage de la vidéo de l’Egham Museum.

4) Les musées au cœur du débat 🗣️

Diffusé par France Culture et animé par Emmanuel Laurentin, “le temps du débat” se “positionne au cœur du débat public pour quarante minutes de discussion sur un sujet d'actualité…”. Le vendredi 12 février 2021, dans le cadre de sa série “coronavirus, une conversation mondiale, l’émission proposait un échange constructif entre Diane Dufour, directrice du BAL (Paris), et Simone Verde, directeur du Palazzo della Pilotta à Parme (Italie), autour de la question “Que risque-t-on à garder les musées fermés ?”.

Cette émission était accompagnée, dans le site web de France Culture, par une chronique de Simone Verde intitulée “nos musées ne doivent pas devenir des lieux acritiques. Pour le directeur du Palazzo della Pilotta, les musées sont des lieux “qui documentent et étudient le passé” pour “favoriser la liberté de penser”. Je vous propose un extrait de ce texte engagé et passionnant :

La plupart de nos musées continuent de porter l’héritage du XIXème siècle. Ils ont été construits pour célébrer la capacité de l’Homme de modifier le monde et la nature. Ce sont, en quelques sortes, des anciens apparats de propagande pensées par les régimes industriels. Une perspective dont nous mesurons les limites depuis presque un siècle et que cette crise sanitaire semble démystifier encore plus. Qu’allons-nous faire après la pandémie, dans ce monde submergé par la pollution, dans ce monde où des espèces disparaissent ?
Simone Verde  


/Via @LouvrePourTous

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Omer Pesquer { https://omer.mobi/ }

Ps : Merci à @dr_kouk pour sa relecture de ce numéro et des précédents.