Sous un autre angle

Muzeodrome #42

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

En ces temps [toujours] étranges et incertains, voici cinq choses qui valent la peine d'être partagées avec vous cette semaine :

1) Plus d'un quart de siècle 🏛️🕸️

Le 13 juillet 1995, le Musée du Louvre ouvrait son site web.
Cet été, celui-ci a donc fêté ses 25 ans. Anniversaire qui ne semble pas avoir été signalé par l'institution. Peut-être parce que la dernière mise à jour importante de son site date de décembre 2011. Une nouvelle version plus adaptée aux usages actuels serait d'ailleurs en cours de réalisation...

Rembobinons le cours de l'histoire pour retourner en janvier 1995. Le Louvre dispose alors d'un service Minitel et il vient de sortir quelques semaines auparavant son premier cédérom qui sera un énorme succès (voir Muzeodrome n°7). On pourrait penser que le musée est alors à la pointe des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), toutefois celui-ci n'est pas encore présent dans le jeune World Wide Web. Par contre un site web participatif* en anglais consacré à l'univers muséal connait un grand succès auprès des premiers Webnautes du monde entier. Ce site créé par Nicolas Pioch, alors étudiant à l'ENST et enseignant à l’École Polytechnique, s'appelle le WebLouvre (voir cette vidéo de l'INA). Un site qui a reçu, quelques mois après son ouverture, le prix de la meilleure utilisation de médias multiples dans le cadre du concours Internet "Best of Web '94".

D'abord nommé WebLouvre, le site dut changer de nom, le musée ne voyant pas d'un bon oeil un zozo s'emparer de son nom pour créer son clône virtuel. Harry Bellet in Le Monde (19 avril 1998)

Sous la pression institutionnelle et légale, le WebLouvre change de nom et devient début 1995 le WebMuseum. Quelques mois plus tard, le premier site web du Musée du Louvre s'installe en ligne. De son coté, le WebMuseum et son réseau de site miroirs mondiaux continueront d'exister - celui-ci indiquait en 1996 : “Le réseau WebMuseum, en constante expansion, accueille désormais 200 000 visiteurs chaque semaine et diffuse plus de 10 millions de documents !”

En allant aujourd'hui sur le site du WebMuseum, dont la dernière mise à jour date du 25 juillet 2007, vous visitez une partie de l'histoire du web et un site qui a été un des premiers à vouloir ouvrir la diffusion des contenus culturels (particulièrement celle des reproductions d'œuvres d’art). Un combat toujours d'actualité !

Note 1 : Ouvert le 20 mars 1994, Le WebLouvre/WebMuseum était un site participatif car les images hébergées par le site ont été envoyées par des internautes du monde entier.

Note 2 : Avec Sébastien Magro nous avions publié en 2015 un article au sujet des premiers sites web de musées français dans le numéro 4 de la revue "Nichons-nous dans l'Internet" (qui vient d'arrêter sa publication).

2) Sea, sex and bum ☀️🏛️🍑

Vous n’avez jamais vu les plus belles fesses d’Orsay ni du Louvre ? Il est temps que ça change!” indique aujourd'hui encore le guide-conférencier Bruno de Baecque dans son site "Vu sous cet angle". En 2013, son livre "Les plus belles fesses du Louvre" (2013) avait eu un certain effet.

Nous visitons parfois les musées en passant devant des œuvres qui sont faites pour être regardées de dos plus que de face. Guide-conférencier au musée du Louvre, Bruno de Baecque invite à regarder les œuvres d’art en voyeur, c’est à dire «libérés des instructions hypnotiques de l’audio-guide», pour y construire sa propre vision du beau.Agnès Giard, le 15 octobre 2013, dans son blog "Les 400 culs" (hébergé par Libération).

La démarche de Bruno de Baecque a trouvé ses dernières semaines un écho avec le challenge mondial #BestMuseumBum. Ce challenge, dont l'objectif est/était de présenter les plus belles fesses exposées dans les musées, a été lancé au tout début de l'été (le 26 juin 2020) par le Yorkshire Museum (UK). La veille, le musée posait la question suivante à sa communauté Twitter : “Haut vs bas ? Inspiré par @museumbums, vous voulez voir des fessiers rebondis (peachy bottoms) ou vous préférez des portraits parfaits?”. La réponse fut sans appel : plus du 3/4 des 434 votants ont préféré les fessiers. Le challenge #BestMuseumBum est/était directement inspiré par les publications de @museumbums 👍🏛️🍑, une initiative anglaise engagée dont la première publication Instagram date du 30 avril 2016.

Le titre de cette notule, qui détourne celui d'une fameuse chanson de Serge Gainsbourg, n'est pas qu'un jeu de mots. L'été reste la période de l'année où le corps érotique (ou érotisé) est le plus présent. Août terminé et l'été s'achevant le challenge est devenu bien moins présent. #BestMuseumBum reviendra-t-il l'été prochain ?

3) Ton œuvre sœur 🖼️❤️

Maurice Allemand était un directeur du musée passionné d'art. Grâce à lui, nous avons des œuvres exceptionnelles et uniques, comme toi ! Ton œuvre sœur t'attend, cachée dans l'exposition. Viens la rencontrer !”

Le MAMC+ (musée d'Art moderne et Contemporain de Saint-Etienne Métropole) vous propose de découvrir votre œuvre sœur dans son musée au travers d'un quizz disponible dans une webapp dédiée oeuvresoeur.fr ; un quizz qui a probablement pour objectif principal de faire venir les publics adolescents au musée.

Après avoir répondu à 15 questions, la webapp vous présente tout d'abord "l’œuvre qui vous ressemble" au travers d'un détail de celle-ci. L'étape suivante, si vous êtes In Situ, est de trouver l’oeuvre correspondante dans le musée et de saisir son titre. Une fois l'œuvre identifiée, une page d'information s'affiche indiquant les liens entre cette œuvre et votre profil. Il vous est ensuite proposé de prendre un selfie avec votre œuvre sœur et de le partager dans Instagram avec le hashtag #oeuvresoeur (partage proposé dans le cadre d'un concours).

Une belle idée qui mériterait d’être plus visible pour développer une véritable dynamique participative autour du projet...

4) Après la quarantaine 🖼️➸😃

Le 23 mars 2020, je vous parlais des premiers jours du challenge #tussenkunstenquarantaine (Entre l'Art et la Quarantaine). Celui-ci et ses suites ont certainement été un des événements les plus marquants pour les musées pendant la période de confinement. Il faut dire que les participant·e·s étaient très nombreux/ses et ultra impliqué·e·s (voir mon entretien avec Allison Guiraud dans le numéro 29 de Muzeodrome). Dans le magazine l'ADN, le 2 septembre 2020, la journaliste Margaux Dussert revient sur ce raz de marée visuel en ligne :

"Entre le 14 mars et le 14 mai 2020, le challenge a généré près de 115 000 publications sur Twitter, et plus de 91 000 publications sur Instagram, selon la plateforme de veille de réseaux sociaux Visibrain.”

La quarantaine terminée, certains des contenus numériques produits pendant celle-ci en profitent pour passer dans le monde physique. Le J. Paul Getty Museum (Los Angeles, USA), qui avait décidé, dans une stratégie de marque affirmée, de rebaptiser le challenge (devenu le #GettyChallenge), va publier le 22 septembre 2020 un ouvrage de 144 pages avec une sélection d'œuvres du challenge : "Off the Walls: Inspired Re-Creations of Iconic Artworks". Par ailleurs, plusieurs musées et lieux d'expositions ont prévu de présenter des expositions autour du challenge ; à commencer par le Palais des Beaux Arts de Lille entre le 19 septembre et le 30 novembre 2020. Une exposition dans laquelle une ou plusieurs re-créations d'Allison Guiraud seront présentées.

Note : Getty Publications fera don de tous les bénéfices de la vente de son livre "Off the Walls" à Artist Relief, une initiative d'urgence offrant des ressources aux artistes à travers les États-Unis.

5) Ceux qui sont reconstitués te saluent 👨🖖

“En utilisant l'outil de réseau neuronal artificiel Artbreeder, Photoshop et des références historiques, j'ai créé des portraits photoréalistes d'empereurs romains.” Daniel Voshart

Basé à Toronto (Canada), Daniel Voshart a ainsi reconstitué avec cette technique mixte les visages de 54 empereurs romains du principat (période de -27 à 284).

Mon but n'était pas de romancer les empereurs ou de les faire passer pour des héros. En choisissant des bustes/sculptures, mon approche était de privilégier le buste qui a été fait du vivant de l'empereur.” Daniel Voshart

Une des idées de Daniel Voshart est que les artistes à l'époque essayaient probablement de flatter leurs sujets. Ses compositions ambitionnent de corriger le tir et de donner une vision plus réaliste de ces personnages historiques.

/via @artnet

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Omer Pesquer { https://omer.mobi/ }

Ps : Merci à @dr_kouk pour sa relecture de ce numéro et des précédents.