Mieux vaut prévenir que guérir

Muzeodrome #39

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

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Après une pause estivale, l’infolettre est de retour. Celle-ci continue de grandir avec près de 1·350 abonné·e·s et un total de plus de 50·000 vues.

En ces temps [toujours] étranges et incertains, voici cinq choses qui valent la peine d'être partagées avec vous cette semaine :

1) Jours de masques 😷😷😷

“Ce mois-ci, le 19 août, nous encourageons donc tout le monde à nous montrer son #MuseumMask !” Mar Dixon (déjà à l'initiative du jour du selfie au musée #MuseumSelfieDay)

Début mai 2020, je posais aux musées la question suivante “Allez-vous proposer (vendre) des masques personnalisés avec des œuvres de vos collections lors de vos réouvertures ?” (voir Muzeodrome n°28). Depuis les productions de masques par les musées se sont multipliées. Le 1er août 2020, le Figaro publiait : "Le masque contre le coronavirus, nouveau produit vedette des boutiques de musée". Cet article évoquait les masques produits par la National Gallery (Londres), par le Metropolitan Museum of Art (New-York), par la Villa Klimt (Vienne) et par le Rijksmuseum (Amsterdam). L'article précisait en conclusion que “les musées français n'ont pas encore suivi cette nouvelle mode”. Ce n'est pas tout à fait vrai, je vous ai déjà parlé de ceux du Musée de la Toile de Jouy (voir Muzeodrome n°29) ; depuis le Musée des Beaux-Arts d'Orléans a édité cinq modèles de masques et le Musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc a proposé cet été « Oh les masques », une série d'ateliers de sérigraphie et de couture qui invitait à fabriquer des masques en s'appuyant sur des photographies de Georges de Kerever.

Mais l'institution muséale, qui a mon gout, a édité, pour l'instant, les masques les plus originaux est le MOCA (Musée d’art contemporain de Los Angeles - USA), les #MOCAmasks. Des masques qui ont été conçus exclusivement par des artistes ou qui sont basés sur des œuvres emblématiques du musée. Mon préféré est celui qui représente la partie la plus significative d'une photo de l'artiste Catherine Opie "Bo from Being and Having (1991)" ; soit une belle moustache qui interroge la masculinité. Un masque que Klaus Biesenbach, directeur du MOCA, porte très bien.
Et vous, quel est votre masque de musée préféré et pourquoi ?

Note : les masques en édition limité du MOCA sont assez onéreux, leur prix est de 28 $ l'unité

2) Restaurer et transmettre 🖼️🎨🖌️

Vous avez été nombreuses et nombreux à avoir réagi à la notule "1) somptueusement satisfaisantes" du n°38 de Muzeodrome. J'ai demandé à Rafaelle Rosini (alias @RafaelleR), conservatrice-restauratrice de peintures à Paris, de nous expliquer pourquoi. Je lui ai aussi demandé quelles étaient les sources de bonnes pratiques dans le domaine de la restauration d'œuvres d'art.

Les vidéos publiées montrent des traitements de restauration d’œuvre d’art sans explication. Si les résultats semblent impressionnants pour un public non initié - et pour cause puisque notre métier est méconnu, ces pratiques ne semblent pas toujours respecter les principes déontologiques qui encadrent le profession.

Les œuvres d’art se dégradent dans le temps : notre rôle est de les conserver pour permettre leur transmission. On comprend alors que l’intégrité physique de l'œuvre est primordiale (l’image n’est rien sans la matière). Les interventions doivent dans la mesure du possible être réversibles (ou permettre une ré-intervention sans dommage pour l’œuvre). Pour ce faire, les matériaux utilisés doivent être stables en vieillissant ou se dégrader sans altérer l’œuvre. La démarche est scientifique : les protocoles s’adaptent à la matérialité de chaque œuvre. L’intervention, documentée, reste lisible afin de respecter l’authenticité de l’œuvre : il ne s’agit pas de faire croire qu’une peinture du XVe siècle a traversé les époques sans dommages. Enfin, les conservateurs-restaurateurs tendent de plus en plus à l’intervention minimaliste c’est-à-dire préférer une stabilisation à un traitement fondamental inutile (on a longtemps rentoilé les tableaux qui ne présentaient pas de problème structurel par exemple).

[En France, les collections labellisées « Musée de France » exigent un diplôme spécifique délivré par quatre écoles seulement]. “L’habilitation assure que l’intervenant respecte les doctrines internationales les plus élevées (celles définies par l’ICOM, le conseil international des musées, et par ECCO, la confédération européenne des organisations de conservateurs-restaurateurs) et a reçu une formation de haute technicité. Pour plus d’informations sur la profession, le site de la FFCR est une source intarissable.

Note : dans la partie entre crochet [ ] ci-dessus, j’ai légèrement modifié/écourté les propos de Rafaelle Rosini.

Quelques liens à ce sujet :

/Un grand merci à Claire Valero et Michel Kouklia

3) C'est plus compliqué que ça 🎙️🔑🎧

Cherche l'or de la connaissance parmi les graviers de la déraison, le sable de l'incertitude et les petits octopodes poilus de la superstition”. Telle est la biographie Twitter actuelle de Jean-Christophe Pio (alias @Padre_Pio)

Journaliste et rédacteur indépendant, Jean-Christophe Pio vulgarise l'histoire avec un fort sens narratif et un humour particulier. Celui-ci a déjà travaillé avec plusieurs musées. En ce moment, vous pouvez ainsi suivre son parcours audioguidé dans l'exposition "Wisigoths - Rois de Toulouse" au Musée Saint Raymond de Toulouse.

Écrit et raconté par Jean-Christophe Pio, "C'est plus compliqué que ça" est assurément un des meilleurs podcasts de l'été 2020. Chaque épisode hebdomadaire, d'une durée d'environ neuf minutes, est réalisé par Charlène Nouyoux (alias @cha_nyx) pour le studio Wave.Audio. La mission de @Padre_Pio avec ce podcast estival est de “démonter les légendes, démasquer les mythes, percer à jour les bluffs historiques…”. Et c'est vraiment réussi! 

Pour vous donner envie voici les titres de trois épisodes : "Dracula n'est pas (exactement) celui que vous croyez ", "Le seul (et unique) duel du Far West", "Bermudes : un triangle (presque) tranquille".

4) Neurones filants 🧠🤖🔧

Le 26 février 2020, dans la Galerie 4 du Centre Pompidou (Paris),  s'ouvrait "Neurones - Les intelligences simulées". Les enjeux de cette exposition étaient importants.

Au travers des œuvres d’artistes, l’exposition présente un regard critique sur les technologies de simulation de l’intelligence. Il s’agit de démythifier l’idée même d’intelligence artificielle, omniprésente aujourd’hui, en faisant se confronter l’intelligence humaine avec la simulation mécanique, machinique puis informatique.” Frédéric Migayrou, commissaire de l'exposition et directeur adjoint du Musée national d’art moderne

Le samedi 14 mars 2020, suite à la crise sanitaire et aux mesures exceptionnelles prises par le gouvernement, le Centre Pompidou fermait ses portes "jusqu'à nouvel ordre". Après sa réouverture, le 1er juillet 2020, un message sur la page web de l'exposition indiquait que celle-ci était "temporairement fermé". Souhaitant absolument visiter "Neurones", j'ai demandé au Centre Pompidou quand était prévu la réouverture de l’exposition. La réponse de l'institution fut sans appel : celle-ci ne rouvrira pas.

Alors que reste-t-il l'exposition "Neurones - Les intelligences simulées" (qui n'est restée ouverte que 14 jours) ?

Cela reste peu par rapport aux enjeux ! Un site web compagnon aurait été une excellente idée pour prolonger cette exposition et les précédentes du cycle "Mutations/Créations"...

5) La fête des titres 📚📚📚

En août 2010, lorsque j'ai lancé le dispositif web #UnTitre, j'étais porté par l'envie de révéler une structure de titre de romans (et autres ouvrages) bien trop exploitée. Si cette structure semble moins utilisée dans les parutions actuelles, elle demeure. Quelques titres publiés récemment ou à venir confirment sa vivacité : "La planète des chats", "Le temps des tempêtes", "L'inconnu de la forêt", "Le menhir d'Or"...

Dans le n°19 de Muzeodrome, je vous ai déjà parlé #UnTitre et de son lien avec les musées au travers des "éditions Mouseîon" mais un anniversaire cela se fête. Depuis son lancement, le succès est au rendez-vous pour ce dispositif qui propose souvent des "associations heureuses". Pour ses 10 ans, #UnTitre vient ainsi de dépasser le cap des 15 millions de titres (& couvertures) générés. Cela démontre la possible durabilité des projets web originaux.

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A tout soudain,

Omer Pesquer { https://omer.mobi/ }

Ps1 : Le titre de ce numéro est inspiré par un des ##MOCAMasks - celui de Barbara Kruger.
Ps2 : Merci à @dr_kouk pour sa relecture de ce numéro et des précédents.
Ps3 : Merci à Pagissime de m’avoir signalé quelques coquilles résiduelles figurant dans ce numéro.