Dans un habitacle

Muzeodrome #80

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions. Cette semaine, je vous propose de débuter avec un regardeur claustrophile :


👀 Illustration : Ada Hop (d’après une photographie effectuée par Noëmie Roussel de l’installation utilisée par Abraham Poincheval pour sa performance “Hartung study“ à la Galerie Perrotin).


1) Le temps cérébral de Poincheval 🖼️🧠

Comment parler d’expérience esthétique lorsque les études très nombreuses chronomètrent le temps passé devant les œuvres oscille entre 4 et 20 secondes maximum ?” - Fabrice Raffin in The conversation (20 novembre 2019)

Les expositions étant par nature très différentes, il est très difficile d’évaluer combien de temps en moyenne un visiteur regarde réellement un œuvre ; même si ce temps est souvent très court pour de multiples raisons : flux de visiteurs dans les salles, nombre d’œuvres présentées, pas ou peu d’assises, fatigue muséale…

Certaines initiatives comme le Slow Art Day invitent à aller dans l’autre sens en proposant des visites autour d’un nombre limité d’œuvres à regarder lentement (l’édition du Slow Art Day qui s’est déroulée le samedi 10 avril 2021 proposait un temps de 5 à 10 minutes pour chaque œuvre). Mais, il est possible de pousser le curseur encore plus loin. Début juin 2021, la galerie Perrotin Paris annonce une performance exceptionnelle de l’artiste Abraham Poincheval pour inaugurer l’exposition Hartung 80.

“L'artiste est entré le 11 juin 2021 dans un habitacle pour regarder 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 une seule et même œuvre de Hans Hartung : T1989-H40.“ Galerie Perrotin Paris

Comme l’indique la journaliste Noëmie Roussel dans un tweet : ce “tableau va ainsi devenir l’œuvre la plus longtemps observée de façon continue par un individu”. Pendant cette performance intitulée “Hartung study“, l’activité cérébrale d’Abraham Poincheval est enregistrée à l’aide d’un électroencéphalogramme ; de son coté l’artiste note son ressenti. Les différentes données collectées seront ensuite étudiées par des chercheurs et chercheuses. La galerie a prévu une première rencontre autour du potentiel de ces données le jeudi 1er juillet 2021.

La dernière fois que le performeur “claustrophile” avait fait parlé de lui c’était en mai 2021, il s'était alors enfermé pendant environ 72 heures dans une boîte installée dans la cour de récréation d’un collège à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Le Parisien reportait le 29 mai qu’il aurait déclaré en sortant de la boîte : “Je n’en peux plus, je n’ai mangé que du poulet lyophilisé !“. Que dira-t-il cette fois ?


2) Tout augmenté ? ➕🤔

Toute façon de voir est aussi une façon de ne pas voir
- Kenneth Burke (citation trouvée dans le site de Keiichi Matsuda)

Ces derniers temps, on parle beaucoup d’exposition d’œuvres numériques visibles en réalité augmentée (RA). Parfois en soulignant combien ces présentations sont novatrices. Et pourtant cette forme d’exposition, souvent événementielle, n’est pas nouvelle, une de ces premières apparitions a eu lieu en 2010 avec une exposition pirate organisée par Sander Veenhof et Mark Skwarek au MoMA de New-York (USA).

”Depuis le samedi 9 octobre, l'espace physique à l'intérieur du bâtiment du MoMA à New York accueille une exposition virtuelle, à laquelle vous êtes sur le point d'accéder. L'exposition est créée en réalité augmentée, et ne sera donc pas visible pour les visiteurs réguliers du MoMA. L'exposition expérimentale non officielle de Mark Skwarek et Sander Veenhof faisait partie du programme du Conflux Festival, le festival annuel de New York consacré à la pratique de la psychogéographie.”

Les deux organisateurs de l’événement soulignaient aussi la dimension critique de leur proposition :

”Avec cette exposition, les organisateurs de l'événement souhaitent aborder une question contemporaine, causée par l'augmentation rapide de l'utilisation de la réalité augmentée. Quel est l'impact de la réalité augmentée sur nos espaces publics et privés? La distinction entre les deux s'estompe-t-elle, ou sommes-nous en train de nous rapprocher d'une situation où la fragmentation des réalités à percevoir individuellement ne cesse de s'accroître?”

Cette exposition s’appuyait sur l’application Layar. Aujourd’hui, il est toujours nécessaire de passer par une application pour accéder au œuvres en réalité augmentée. Si les œuvres présentée sont probablement plus complexes que celles visibles il y a 10 ans, reste que le principe est loin d’être nouveau. Ces expositions, aujourd’hui officielles, ont la plupart du temps des acteurs du secteur de la tech comme partenaires. Et le discours d’escorte de celles-ci présentent souvent que les “bons cotés” de la RA. Par exemple l’événement “Palais Augmenté”, proposé les 19 et 20 juin 2021 dans l’espace vide du Grand Palais Éphémère, annonce :

“Entre les mains des artistes, la réalité augmentée devient un nouvel espace de liberté et de création : émotions nouvelles, préfiguration des mondes d’après et nouvelles formes de connections aux autres. Un format qui donne voir des réalités hybrides et multiples, entrelacées l’une dans l’autre où le vide est un potentiel permanent.”

Marshall McLuhan indiquait que nous construisons des outils qui ensuite nous construisent. L’utilisation poussée de la réalité augmentée dans un futur plus ou moins proche pourrait s’avérer être le contraire d’un espace de liberté. Je vous laisse y réfléchir en visionnant HYPER-REALITY (2016), un court métrage de six minutes de Keiichi Matsuda. Dans ce film conceptuel, le designer critique spécialiste des univers augmentés présente une “nouvelle vision provocante et kaléidoscopique du futur, où les réalités physiques et virtuelles ont fusionné, et où la ville est saturée de médias”.


3) Trouve mon galet ✔️🟣

#trouvetongalet c'est une course trésor géante. Les participants doivent rechercher des pierres décorées à partir d'indices distillés sur internet” Journal de France 3 Grand Est (août 2018).

En 2018, une famille des Ardennes importe d’Angleterre ce jeu déjà populaire. Dans les semaines et les mois qui suivent des groupes en ligne se créent en France fédérant les communauté de pratiquants dans des départements ou des zones géographiques plus restreintes. Comme le montre un reportage de France 3 Occitanie, pour la créatrice ou le créateur de galets décorés, le processus est le suivant : trouver un galet adapté, le peindre, le cacher en se baladant, puis prendre une photo indice pour celles et ceux qui vont partir à sa recherche. La personne qui trouve le galet doit photographier sa trouvaille pour la signaler à celui ou celle qui l’a caché. Puis elle doit effectuer un choix : garder en souvenir le galet décoré ou le faire voyager en le cachant ailleurs. Quelques musées commencent à participer au “mouvement” comme le musée la Tranchée de Chattancourt. Le MuséoParc Alésia vient de détourner le principe du jeu pour partir à la quête de nouveaux publics.

"Oui, même dans la nature, on peut trouver ce type d'œuvre d'art - L'occasion de vous rappeler qu'une dizaine de galets est cachée dans les environs. Ils vous donnent droit à une entrée gratuite au @MuseoParcAlesia“.

Au moment où j’écris ces lignes, le hashtag #trouvemongalet a déjà été utilisé des milliers de fois. Il est fort probable que le succès de cette chasse aux “petits trésors”, qui mêle l'espace physique à des espaces numériques, s’amplifie pendant l’été 2021.


4) La Semaine Musée 7️⃣🏛️

Lancée en 2014 avec Twitter, la #MuseumWeek (MW) se déploie autour d’un semainier de sept thèmes diffusés au travers de hashtags. Annuel et mondial, cet événement s’est créé en s’appuyant sur des communautés muséales et des pratiques déjà existantes dans les réseaux socionumériques (comme je vous l’indiquais dans le numéro 29 de l’infolettre). Depuis son lancement, la #MuseumWeek est un succès avec un nombre de participants augmentant d’année en année. En off de l’édition 2021, qui se déroulait du 7 au 13 juin, le compte Twitter @MuseeSemaine proposait la #SemaineMusee : un événement pour “raconter les musées de l'intérieur avec honnêteté” au travers sept autres hashtags. Pour en savoir plus, j’ai interrogé le compte @MuseeSemaine qui est animé par une personne qui travaille dans un musée mais dont la communication n'est pas le métier.

Pourquoi une #SemaineMusee en réponse à la #MuseumWeek 2021 ?

Les # de cette édition ne m'ont pas emballée. Je les ai trouvés convenus, certains déjà vus (Coulisses était le tout premier de l'édition de 2014). À titre professionnel, je suis lassée de cette opération qui demande beaucoup de préparation pour un résultat mitigé vis-à-vis du public, avec l'impression que les musées y parlent avant tout aux musées. Et en tant qu'utilisatrice de Twitter, je trouve les contenus policés et de plus en plus répétitifs d'édition en édition. J'ai pensé la Semaine Musée comme un pas de côté et une occasion pour aborder des questions qui m'intéressent et que les musées traitent peu. Je comprends que le discours institutionnel ne s'attarde pas sur les sujets qui fâchent (le non public, la précarité) mais j'avais envie de parler d'autre chose que d'objets insolites et de photos de réserves. Je ne dénigre pas la MW, qui reste une initiative positive, j'en propose une version décalée, peut-être plus directe. Je voulais ouvrir un espace d'expression différent de mon propre compte pour parler des musées avec plus de franchise et moins de retenue.

Des retours ?

Peu, mon audience est restée somme toute modeste. Que des réactions de curiosité et de soutien, plutôt de gens du milieu, face à la mise en avant de questions qui touchent directement les travailleurs des musées.

La #SemaineMusee sera-elle reconduite l’année prochaine ?

Ça dépendra des # en 2022. Je pense que oui peut-être en construisant les choses un peu plus en amont et en sollicitant avis et témoignages pour ne pas exprimer que mon point de vue.

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Tout juste un peu de bruit

Muzeodrome #79

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

Cette semaine, je vous propose trois notules plus ou moins concentrées :


👀 Illustration numérique d’après une photo d’un vieil haut-parleur, dont la forme est proche du Magnavox, un des premiers haut-parleurs créé en 1915.


1) Un siècle de radiodiffusion 💯📻

L’année 2021 est celle deux anniversaires pour la radio en France :

En 2012, le musée des Arts et Métiers présentait l’exposition temporaire “Radio : ouvrez grand vos oreilles!“. Le site web, qui accompagnait cette exposition, est toujours en ligne 9 ans plus tard. Celui-ci permet d’effectuer un petit voyage dans l’histoire de la radio (et de voir à quoi ressemblait le web au début des années 2010 avant le passage généralisé au Responsive Web Design). Sur les origines de la radiodiffusion, ce site indique “Dans les pays industrialisés, la radio apparaît entre 1921 et 1922 sous le nom de TSF (télégraphie sans fil). Les auditeurs, les « sans-filistes », s’organisent en associations et créent des stations régionales dont ils assurent la programmation. Écouter la radio est alors une expérience extraordinaire : c’est entendre le monde entrer chez soi, jusque dans les régions les plus reculées. La TSF s’écoute d’abord au casque, puis collectivement via des haut-parleurs”.

Quelques années avant cette exposition, en 2007, un musée fermait définitivement ses portes. Ouvert au sein de la maison de Radio France à Paris en 1966, le musée de Radio France présentait une extraordinaire collection :

“Pour l'amateur, le parcours des galeries du Musée de la Radio est un véritable enchantement. Chaque pièce exposée, mise en situation, lui fait vivre une étape du développement de la radiodiffusion. Du récepteur à galène au premier récepteur numérique toute la gamme des postes jalonne l'Histoire de la Radio”.

La Wayback Machine d’Internet Archive permet de visiter le site web du musée tel qu’il était en 2005/2006. Une partie de ce site web intitulé “Cyber Promenade par René Duval“ revenait sur l’histoire de la radio - extrait :

Pour prouver l'excellence de leur matériel, les ingénieurs de la SFR se livrent de temps à autre à quelques expériences de radiotéléphonie. Ainsi, le 26 juin 1921, à l'occasion d'une manifestation en l'honneur de Branly, dans la salle des ingénieurs civils de France, rue Blanche à Paris, ils émettent un petit discours, rappelant le rôle joué par le savant à l'origine de la T.S.F, et un peu de musique.”

Il est nécessaire de rappeler ici un important fait historique : c’est la radio qui a sauvé la tour Eiffel du démantèlement.

”A ses débuts, la Dame de Fer était la plus haute tour du monde, Gustave Eiffel tira profit de cet atout majeur pour la doter d’une utilité scientifique et ainsi, la sauver du démantèlement. Il multiplia les expériences scientifiques pour donner à la Tour une chance de subsister au-delà des 20 ans de durée de vie initialement prévue…”

Le 23 mars 2021, la tour Eiffel revenait sur son histoire et soulignait l’importance des innovations radiophoniques dans sa sauvegarde. En mémoire de cet héritage, le quai qui la jouxte se nomme Quai Branly depuis 30 janvier 1941.


2) Écouter la boîte à outils 👂🧰

Dans le cadre de mes enseignements dans le Master 2 Musées et Nouveaux Médias à l’Université Sorbonne Nouvelle, j’ai eu le plaisir de donner cours à Bérénice Billiez pendant l’année universitaire 2017-2018. Au cours de cette année, celle-ci a apprit à mobiliser les technologies numériques pour répondre aux problématiques de transmission, de diffusion et de partage. Aujourd’hui, Bérénice est consultante indépendante en communication digitale et médiation culturelle. Au quotidien, elle conseille et accompagne les professionnel·le·s de la culture afin de les aider à rendre visibles leurs actions auprès de leurs publics, leurs partenaires ou mécènes. En avril 2021, elle a lancé le podcast cultureandcom.

Pourquoi le podcast “cultureandcom“ ? A qui s'adresse-t-il ?

J’ai imaginé cette chaîne comme une boîte à outils à destination des professionnel·le·s de la culture. Le but est de répondre à des questions concrètes du terrain et donner des premières pistes de lecture sur des thématiques plus générales.

Au fil des numéros, le temps de chaque épisode s'est considérablement allongé - as-tu une explication ?

Très vite, je me suis rendue compte que l’on peut difficilement imposer une durée quand nous sommes sur des formats d’échanges. Pour l’anecdote, l’épisode le plus long de ma chaîne comptabilise le plus d'écoutes et le meilleur taux de rétention. Je pense que la qualité des informations fournies est plus importante que la durée en tant que telle.

Beaucoup de musées ont créé des podcasts ces derniers mois, que penses-tu de ce tournant médiatique ?

Les musées, en se positionnant sur ce média, ont répondu aux nouvelles habitudes de leur communauté en ces mois de confinement, ce qui est particulièrement positif. Selon moi, ce tournant médiatique est cohérent avec toute la stratégie numérique mise en place depuis 2020 pour garder contact avec le public. 

Désormais, les questions qu’il faut se poser sont plutôt : “Est-ce que ces chaînes vont subsister ?”, “Est-ce seulement le résultat d’une “tendance” due à la COVID ?”.

Un conseil pour celles et ceux qui voudraient se lancer ?

Il ne faut pas spécialement beaucoup de matériel pour se lancer. Le plus important est de travailler son contenu et sa ligne éditoriale et d’avoir une bonne organisation en termes de calendrier de diffusion.

Un podcast à recommander ?

Je conseille la chaîne Femmes d’artqui est un podcast dédié aux femmes artistes qui sont souvent peu visibles.


3) Toutes différentes 🟦🟩

En vous baladant dans une ville, vous croisez les affiches d'une exposition. Si le fond de chaque affiche est identique, elles ont toutes quelque chose qui les rend différentes les unes des autres. Cette campagne d’affichage surprenante se déploie à Genève pour l’exposition “Chrysanthèmes, dragons et samouraïs“ présentée au Musée Ariana.

👀 Ouvrez l'œil et découvrez 35 affiches uniques dans les rues de la Ville de Genève! Jusqu'au 17 juin, notre nouvelle campagne d'affichage vous présente le travail réalisé par l'illustrateur genevois Fred Fivaz avec le concours de 172 élèves du secondaire, de personnes en situation de handicap mental et de jeunes migrant.e.s.Musée Ariana.

Pour ce projet, Fred Fivaz a dessiné une image en noir et blanc. Image reproduite sur une affiche que des co-dessinateurs et des co-dessinatrices ont complété par des motifs réalisés avec des feutres roses, bleus ou verts. Le résultat de ce travail en commun attrape le regard (voir les 8 exemples publiés en février 2021 dans les pages de la Tribune de Genève).

Bonus : pour les amateurs, les affiches présentent aussi un QR code, qui une fois scanné avec l’application Instagram, permet d’accéder un ensemble de filtres en “réalité augmentée”.

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Ps1 : Merci à @dr_kouk pour sa relecture de ce numéro et des précédents.

Ps2 : Le titre de ce numéro est un fragment du texte de la chanson “Comme a la radio” de Brigitte Fontaine.

Dans la direction opposée

Muzeodrome #78

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions. Cette semaine, je vous propose de débuter ce numéro par un retour en 1996 :


👀 Illustration : Ada Hop (d’après un photogramme de la vidéo “Kenneth Goldsmith Interview: Assume No Readership“ publiée par Louisiana Channel)


1) UbuWeb 1996 💥🕸️

Le 19 octobre 2020, je vous parlais de la disparition de Kenneth Goldsmith de Twitter (la semaine suivante, je vous donnais la raison de celle-ci).

Du 22 mai au 1er juillet 2021, le Château de Montsoreau – Musée d’art contemporain (Maine-et-Loire) consacre une exposition à l'artiste/écrivain new-yorkais à l'occasion des 25 ans d'UbuWeb (https://ubu.com/).

En 1996, au tout début du web, Kenneth Goldsmith a créé UbuWeb pour publier des œuvres de poésie concrète difficiles à trouver. Ce qui n'était au départ qu'un site destiné à partager les œuvres d'un mouvement littéraire relativement obscur est devenu une archive essentielle de la littérature, du cinéma et de la musique d'avant-garde et expérimentale des XXe et XXIe siècles.” (Source: Columbia University Press).

L’exposition proposée par le Château de Montsoreau – Musée d’art contemporain “questionne le statut complexe et multiple d’UbuWeb, à la fois site d’archivage, bibliothèque numérique, musée virtuel et œuvre d’art militante”. Elle revient aussi sur 1996, une année charnière dans le parcours de Kenneth Goldsmith. Cette année là, l’artiste crée la pièce conceptuelle Soliloquy qui restitue tous les mots qu’il a prononcé durant la semaine du lundi 15 au dimanche 21 avril 1996. Quelques mois plus tard, en novembre, il lance UbuWeb. Agnès Peller dans son texte consacré à UbuWeb souligne que le site web “s'est construit par strates”. Elle indique aussi que “cette construction évoque la logique d'une collection singulière, telle une Wunderkammern, ces inventaires intimes, chambres des merveilles qui précédèrent l'ordonnancement des musées.

En 2011, à l’occasion des 15 ans d'UbuWeb, Thomas Baumgartner avait interviewé Kenneth Goldsmith pour France Culture. Un entretien dont je recommande l’écoute.


2) Ubuweb - un autre web 💭⌨️

Site clandestin et pirate, bravant toutes les règles du copyright, UbuWeb enregistre aujourd’hui des millions de connexions mensuelles.” (Château de Montsoreau)

Pour UbuWeb, Kenneth Goldsmith a opéré dès sa création à des choix radicaux aussi bien du coté du droit, de la diffusion, que de la technique. Dans son livre “Duchamp Is My Lawyer” (Columbia University Press, juillet 2020), l’artiste revient sur l’histoire de Ubuweb mais aussi sur les principes qu’il a mis en place pour la pérennité de son projet. En 2019, la revue “Multitudes” publiait sous la forme d’un article une partie du premier chapitre de ce livre. Cet article demeure une excellente introduction à la philosophie d’UbuWeb et aux choix techniques qui en découlent… Extrait :

Après plus de deux dizaines d’années et une série de changements techniques bouleversants dans le web, nous sommes restés avec le HTML simple, et c’était la bonne décision… Je rédige UbuWeb dans un éditeur de texte de base, le même depuis 1996. Le code est simple, concis et lisible. Le résultat, c’est un site qui non seulement fonctionne, mais qui est plus simple à entretenir.“ Kenneth Goldsmith

Une des forces du site est d’avoir su rester dans un cadre technique restreint et ne n’avoir pas évolué vers un web de plus en plus complexe dépendant de l'informatique en nuage et des géants du Net.

Tout le monde veut se précipiter vers le centre : on écrit même des livres sur la façon d'obtenir un meilleur Googleranking. Nous allons dans la direction opposée. Nous voulons quitter Google.” Kenneth Goldsmith in Believer Magazine (en 2011)

UbuWeb montre un autre chemin dans le numérique. Par choix, son contenu n’est pas référencé par Google et pourtant la visibilité du site n’a cessé d’augmenter au fil des années.

UbuWeb incarne une communauté instable, ni verticale ni horizontale, mais plutôt un modèle nomade deleuzien : un espace à 4 dimensions qui s'étend et se contracte simultanément dans toutes les directions, se développant de manière "rhizomatique" avec une imprévisibilité et une étrangeté toujours plus grandes.
Kenneth Goldsmith, “UBUWEB WANTS TO BE FREE“, 2001


3) Flashs et retours ⚡🌐

Vous les avez peut-être ratées, Muzeodrome a compilé ces informations pour vous :

  • Le «musée déconfiné» présente côte à côte une image d’une œuvre du musée Fabre (Montpellier, Hérault) et une vue “Google Streetview”. L’exploration de la cinquantaine de duos s’opère au travers d’un cartographie OpenStreetMap. Ce module, qui souligne la continuité temporelle de certains lieux, est une des propositions décentrées de « Fabre dans mon canapé » - un site complémentaire conçu et développé par Arnaud Martin (voir Muzeodrome n°37) + Diala Aschkar de 23Forward (Montpellier) et Emmanuel Rouillier de Mosquito (Paris).

  • Sous-titrée “9 œuvres abstraites pour le navigateur Internet”, “Sans objet” est une exposition virtuelle d'art numérique proposée par le Centre Pompidou. (Je vous en reparle plus en détails dans un prochain numéro).

  • Fermés pendant de long mois en 2020 et 2021, les musées de Dijon (Côte-d'Or) ont profité de ce moment particulier pour réaliser avec l’agence honest une mini-série vidéo sur leurs "missions qui sont bien souvent invisibles aux yeux des visiteurs” (/via Loïc Lefebvre).

  • Édith Pauly vient de publier aux éditions Alternatives “Street art XXS” : “Loin des fresques monumentales, qui depuis plusieurs années s’imposent dans les villes et les festivals du monde entier, les œuvres de petite taille se font dorénavant la part belle dans toutes les disciplines du street art”.

  • Descubrir otras digitalizaciones“ - Mon article "Ouvrir d'autres numériques" (publié dans la Lettre de l'OCIM n°194) a été traduit en espagnol par El Museo Transformador.


4) En ligne, mais où ? 🕸️🕸️

Pendant l’année 2020 et le début de l’année 2021, face à la crise sanitaire, les musées ont déployé une offre importante et riche de contenus en ligne. Mais est-ce que les sites web des musées ont vraiment été plus visités pendant cette période ?

Comme, je vous l’indiquais dans le n°75 de l’infolettre la recherche "musée" dans Google n'a jamais été aussi faible que pendant cette période (de même pour la recherche “museum”). Il est difficile de se rendre compte de l’audience des sites web des musées, car les institutions donnent rarement accès aux données de leurs visites en ligne. Basé au Texas, le stratège numérique Marty Spellerberg a demandé à différents musées nord américains (états-uniens) l’accès aux données de visites de leurs sites web. 22 institutions ont répondu favorablement à cet appel. Avec l’aide de la chercheuse Grace Poole, Marty Spellerberg a analysé ces données. Le stratège numérique a donné la conclusion principale de cette analyse au journaliste de Alex Panetta de CBC News le 8 mai 2021 : "Malgré cette opportunité historique d'apprentissage en ligne... le trafic sur les sites web des musées s'est effondré l'année dernière". Un effondrement qui n’est pas massif mais tout de même marqué : “la moyenne a connu une baisse d'environ 13 % sur l'année”. Toutefois, quelques institutions ont eu un trafic web supérieur aux niveaux pré-pandémiques (Art 21, le Metropolitan Museum of Art, l’History Colorado). C’est aussi le cas du GettyMuseum avec la popularité de son "Getty Art Challenge".

On aimerait pouvoir effectuer ce type d’analyse avec bien plus d'institutions en élargissant son champ à d’autre pays (particulièrement la France). Par ailleurs, il est fort probable que la visibilité des contenus produits par les musées pendant cette période fut plus forte du coté des réseaux socionumériques et des grosses plateformes média mises en place pour les géants du numériques ; la valeur produite par les musées donnant encore plus de force à ces géants.

Ces informations confirment aussi l’importance d’explorer d’autres formats et d’autres numériques…

/Merci à Damien Petermann

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Ps : Merci à @dr_kouk pour sa relecture de ce numéro et des précédents.

Vivre en couleur

Muzeodrome #77

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

Cette semaine, je vous propose un gros numéro très spécial consacré à l’apport des technologies dans les œuvres d’un très célèbre artiste né le 9 juillet 1937 à Bradford au Royaume-Uni. Cet artiste c’est David Hockney.

“Si vous voyez le monde comme étant beau, excitant et mystérieux, comme je pense le faire, alors vous vous sentez tout à fait vivant”.
David Hockney


👀 Illustration : Ada Hop (d’après une photo de Jean-Pierre Gonçalves de Lima “David & Ruby in the Normandy Studio, May 25th 2020”)


1) Un nouvel espoir ⬛☀️

Tous les jours de ce mois de mai 2021, à la tombée de la nuit, les panneaux d'affichages numériques géants de cinq métropoles internationales (Londres, Los Angeles, New York, Tokyo et Séoul) diffusent une courte animation vidéo de David Hockney. Au cœur de cette séquence, la lumière du petit matin qui pousse l’artiste à se lever tôt. “Il s'agit de la scène que Hockney observait quotidiennement depuis la fenêtre de sa cuisine en Normandie pendant la pandémie de Covid-19. La vidéo commence dans l'obscurité et capte progressivement l'intensification des couleurs de l'environnement naturel” précise la fondation David Hockney. Le lever de soleil réalisé par l’artiste avec sa tablette numérique se termine par un message sur un fond jaune saturé : “Rappelez-vous que vous ne pouvez pas regarder le soleil ou la mort pendant très longtemps...”. A l’origine du projet, CIRCA explique que “le lever de soleil animé de Hockney cherche à offrir un symbole d'espoir et de collaboration alors que le monde se réveille de son enfermement”. Un message d’espoir dont le monde a besoin, même si sa diffusion sur ce type d’écran géant pose question (surtout quand on voit celle-ci sur les 70 écrans de Times Square à New York).


2) Au bout du Fax 📠📄

David Hockney a beaucoup expérimenté tout au long de son existence. Le fait qu’il ait vécu une partie de sa vie en Californie l’a amené à côtoyer les nouvelles technologies à leur source. Il a commencé à explorer ces technologies de façon créative dés le milieu des années 80, avec la photocopie couleur dès 1986 et le fax dès 1988. Aujourd’hui les fax (ou télécopieurs) ont presque tous disparu en occident, mais dans les années 1980 et 1990, ils étaient présents dans toutes les entreprises et même chez les particuliers.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, Hockney a envoyé des "fax artistiques" à ses amis, qualifiant à l'époque le fax de "machine merveilleuse, d'ennemi du totalitarisme, de retour des lettres manuscrites".
Lorena Muñoz Alonso - Artnet (18 septembre 2014)

Comme l’indique le Met Museum, l’artiste adapte alors sa technique de dessin aux spécificités de la machine. Les créations qu’il envoie par ce moyen de transmission dépasse souvent la feuille (parfois un dessin tient sur seize feuilles ou plus). Dans ce cas il envoie un plan de montage au destinataire pour assembler les images. La grande année du fax pour David Hockney fut l’année 1989, comme le rapporte la fondation David Hockney. Cette année-là, il participe à la Biennale de São Paulo par fax (non sans difficulté, les lignes téléphoniques du Brésil refusant de recevoir ses fax). L'utilisation de l'impression à distance pour créer des œuvres d'art originales marque alors les esprits. La même année, il lance le projet Tennis :

En fin d'année, un autre projet de fax épique est réalisé, cette fois au cours d'une soirée organisée par Jonathan Silver à Salts Mill à Saltaire (Yorkshire - UK). Tennis est composé de 144 feuilles envoyées par Hockney de Los Angeles à quatre télécopieurs dans l'espace de la galerie, pour être collées à la bombe sous forme de grille sur le mur selon des instructions envoyées au préalable.fondation David Hockney


3) Dessins informatiques 🖥️🌺

Je m'intéresse à toutes sortes d'images, quelle que soit la manière dont elles sont réalisées, avec des appareils photo, des pinceaux, des ordinateurs, n'importe quoi.”
David Hockney

David Hockney s’est rapidement saisi de l’ordinateur en mobilisant sa créativité et son langage graphique. Durant l'été 1990, il teste un micro-ordinateur équipé d’un logiciel d’infographie lors d’une conférence dans la Silicon Valley (ce logiciel était probablement une des toutes premières versions de Photoshop). A la suite de cette conférence, l’artiste achète un Macintosh IIfx, un des micro-ordinateurs le plus puissant de l’époque. Avec cette machine, il dessine et imprime ses créations sur une imprimante laser couleur. En assemblant ses impressions, il constitue alors des livres qu’il offre à ses amis. Un de ses ouvrages, conçu initialement en 1991, a été réédité par la gallerie Goldmark en janvier 2020. Mais ce n’était pas la première expérience de David Hockney avec le dessin informatique. En 1987, il était invité par la BBC 2 pour tester avec cinq autres artistes le Quantel Paintbox Graphics System utilisé par la chaine de télévision britannique depuis quelques mois (pour ses cartes météos, graphiques et séquences titres). Ces expérimentations d’artistes feront l’objet d’une série documentaire réalisée par David Goldsmith : “Painting with Light”. Bien avant les dessins sur tablette, cette émission montrait l’évolution d’un dessin informatique du début à la fin.

Il y a quelques mois nous avons présenté la Paintbox à David Hockney, le premier artiste sérieux à tester la machine. Celui-ci a été confronté à un plan de travail parfaitement ordinaire couplé à un stylo électronique […] Hockney a commencé à découvrir que la Paintbox pouvait être plus qu'un outil pour concevoir des graphiques. Il l'a vu comme un nouveau médium qui offrait à l'artiste une nouvelle facilité pour littéralement peindre avec la lumière pour le spectateur”.


4) Avec un stylet et même avec les doigts 📱🖊️

David Hockney commence à dessiner sur un iPhone dés 2007.

J'ai pris un iPhone et j'ai commencé à dessiner dessus. J’envoyais simplement ces dessins à mes amis, c'était juste des cadeaux pour mes amis. Je dessinais souvent des levers de soleil ou des fleurs.” David Hockney (en 2011 dans l’émission Studio Q de CBC Canada).

En 2010, l’artiste passe à l’iPad. qu’il manipule avec un stylet voir même avec les doigts. “Sur l'iPhone, j'avais tendance à dessiner avec mon pouce. Mais dès que je suis passé à l'iPad, je me suis retrouvé à utiliser tous mes doigts” (David Hockney). Dans sa fameuse Lettre ouverte à la France, écrite en 2020 depuis sa résidence en Normandie, David Hockney parle de son travail avec l’iPad à son amie Ruth Mackenzie : “Avant cela, j’utilisais sur mon iPhone une application, Brushes, que je trouvais d’excellente qualité. Mais les prétendues améliorations apportées en 2015 la rendirent trop sophistiquée, et donc tout simplement inutilisable! Depuis, un mathématicien de Leeds, en Angleterre, en a développé une sur mesure pour moi, plus pratique et grâce à laquelle j’arrive à peindre assez rapidement. Pour un dessinateur, la rapidité est clé, même si certains dessins peuvent me prendre quatre à cinq heures de travail.“ (source Figaro.fr)

On peut en conclure qu’un bon outil doit rester simple et vraiment adapté aux usages de son utilisateur.


5) Après le confinement normand 🌲🌳

En octobre 2018, David Hockney revoit la Tapisserie de Bayeux qui le fascine par sa narration graphique et sa taille (+ de 70 mètres). Quelques mois plus tard, l’artiste quitte la Californie et s’installe en Normandie. C’est à coté de Beuvron-en-Auge, petite commune de moins de 200 habitant·e·s, qu’habite aujourd’hui David Hockney. Et c’est là qu’il a travaillé pendant la crise sanitaire et les confinements. Depuis toujours, Hockney est un grand travailleur de l’art. Il va donc travailler pendant toute l’année 2020 sur un grand projet au fil des saisons, à commencer par le printemps.

Tandis que le monde s’immobilise, Hockney, réalise sur iPad, en l’espace de quelques semaines, plus de cent images. La technique lui permet une saisie rapide et précise. À la manière des impressionnistes, il capture les effets de lumière et les changements climatiques avec dextérité selon toutefois une palette vive et lumineuse, des compositions en aplats juxtaposés aux accents pop.” (Musée d’Orsay)

Le fruit de ce travail d’une année sera présenté en 2021 dans deux grand musées :

  • L'arrivée du printemps, Normandie, 2020”, ensemble de 116 dessins réalisés à l’Ipad puis imprimés, à la Royal Academy of Arts de Londres du 23 mai au 26 septembree 2021. Le musée précise que “chaque œuvre - qui a été imprimée bien plus grande que l'écran sur lequel elle a été créée - permet de voir chaque marque et chaque trait de la main de l'artiste.”

  • David Hockney, A Year in Normandie” au Musée d’Orsay à Paris du 13 octobre 2021 au 14 février 2022. Dans une page de son site Web dédiée au projet, le musée donne quelques détails de sa future exposition : “présentée dans la grande galerie du musée de l’Orangerie, A Year in Normandie donnera à voir cette succession des saisons sous la forme d’une frise longue de quatre-vingt mètres, en écho aux Nymphéas de Monet”. Ce travail de David Hockney est évidement aussi un écho à la Tapisserie de Bayeux qui continue de le fasciner.


6) Quel cirque ?! ⭕🎪

Le 11 mai 2021, le maire réélu de Londres, Sadiq Khan, a présenté "#LetsDoLondon", une campagne touristique massive pour relancer l’attractivité de la capitale britannique. Lors de son lancement, le maire de Londres a dévoilé dans Twitter une œuvre David Hockney pour Piccadilly Circus (œuvre fournie gratuitement par l’artiste). Loin d’avoir suscité l’unanimité, celle-ci a causé beaucoup de réactions et détournements en ligne. Je trouve pour ma part que cette œuvre numériquement primitive dynamite le statu quo visuel des espaces urbains. Dans les pages du “New Statesman” la journaliste Elise Bell décrit fort bien l’objet de la discorde : “un signe étrange, plus un gribouillage qu'une peinture. En rose et jaune, on dirait qu'un enfant a été lâché sur Microsoft Paint ; le "s" de "Piccadilly Circus" est tombé à la fin, un ajout oublié à un spectacle absurde“. La journaliste britannique précise par ailleurs qu’il a “quelque chose d'impressionnant dans ce petit dessin idiot qui ressemble à une bouffée d'air frais dans la puanteur du métro”. Toutefois d’autres personnes ont vu dans ce choix une occasion manquée pour soutenir les artistes locaux "en difficulté". C’est le cas de l’artiste Laura Nevill qui a initié #LetsDoLondonBetter, une contre-campagne en ligne dont l’objectif est de mettre en avantles artistes londoniens actuels qui ont des talents incroyables et des messages importants à faire passer" (lire à ce propos l’article de Max McLean dans Evening Standard). Je conclurai cette notule (et ce numéro) avec quelques mots issus de l’article d’Elise Bell : “L'art public réussi appartient aux artistes suffisamment courageux pour arracher les gens à leur quotidien”.

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À vos masques

Muzeodrome #76

Salut à tou·te·s,

Bienvenue dans Muzeodrome, l’infolettre inspirante qui vous plonge dans la créativité des musées et des espaces d’expositions.

Pour différentes raisons, le numéro de cette semaine est court.

En attendant un “retour à la normale”, je vous propose d’explorer les archives de l’infolettre, vous y ferez de belles découvertes. Je vous invite aussi à recommander Muzeodrome pour soutenir le projet 💪


👀 Illustration : Ada Hop d’après une micro-vidéo de Zach King


1) Rouvrir 🏛️👐

Zach King, le “roi des micro-vidéos” (voir muzeodrome n°64), propose une séquence pour marquer la réouverture des musées (en France le 19 mai 2021). Cette séquence commence avec le vidéaste-acteur qui prépare le moment tant attendu en posant sur le sol un panneau mobile “Please wear face mask (Veuillez porter un masque)”. L’énergique Zach s’en va ensuite vers leurs œuvres vivantes de son musée imaginaire avec un petit paquet de masques chirurgicaux à la main. La suite est à découvrir ici

Publiée le 8 mai 2021, la micro-vidéo a rapidement dépassé le million de vues dans les différentes plateformes où elle a été publié. Un succès qui souligne à la fois le grand savoir faire de Zach King et la forte attente de la réouverture des musées.


2) Sous la baleine 🐋🩹

Depuis le 23 avril 2021, le plus étonnant centre de vaccination contre le/la COVID de New York (USA) se situe sous la baleine bleue exposée au Musée américain d'histoire naturelle (American Museum Of Natural History - amnh.org).

Cette réplique d’une baleine géante de 28 mètres de long est un des objets emblématiques du musée. Construit au milieu des années 1960, elle “a été réalisé à partir des photographies d'une femelle rorqual bleu trouvée morte en 1925 au large de la pointe sud de l'Amérique du Sud”. Mais “à l'époque, on savait peu de choses sur les baleines bleues dans leur habitat naturel”. En 2001, des artistes restaurateurs, qui “disposaient de beaucoup plus d'images et vidéos de baleines bleues”, ont rénové la réplique de 9,5 tonnes. Ceux-ci “ont aplati les yeux du modèle, autrefois trop gonflés, corrigé les évents et réduit la queue. Ils ont également ajouté un nombril que les visiteurs peuvent trouver aux quatre cinquièmes du corps du modèle, rappelant ainsi l'une des caractéristiques que les humains partagent avec ce mammifère majestueux” (Sources amnh).

Dans les pages web du Gothamist, la journaliste Jen Chung raconte que dans le cadre de l’opération de vaccination au musée un pansement géanten feutre et en coton” a été collé sur une des nageoires de la baleine géante. Ce pansement a été conçu par Celeste Carballo, la “préparatrice” en chef du musée, qui a déclaré au Gothamist : “Un jour, on vous demande de fabriquer un pansement géant, et l'autre jour, vous pouvez aider à fabriquer un modèle grandeur nature d'un Tyrannosarus Rex“.

Quand à ceux et celles qui viennent de se faire vacciner, ils et elles reçoivent un bon pour une entrée gratuite au musée (pour un maximum de quatre personnes) ; ainsi qu’un convoité sticker bleu qui affiche le dessin stylisé de la baleine avec le message suivant : “J’ai été vacciné sous la baleine“.


3) Petite distribution ⚪⚪

Dans le numéro 43 de l’infolettre, je vous parlais de distributeurs automatiques de livres. Le 29 avril 2021, le Planet Word Museum (Washington, DC, USA) annonçait dans son compte Twitter : “Joyeuse Journée du Poème en Poche ! Si vous vous arrêtez au musée aujourd'hui, n'oubliez pas de tester notre charmante machine de chewing-gum à la réception pour trouver un petit poème à emporter avec vous”. Ce détournement de machine m’en a rappeler un autre. En février 2007, dans l'exposition "Blanquet s'ouvre la panse" (chez arts factory [galerie nomade]), l'artiste français proposait un distributeur de micro-livres dépliants (dispensés au hasard). Cette machine était aussi à l'origine un distributeur de chewing-gum que Stéphane Blanquet avait customisé en bonhomme-monstre issu de son univers. Pour ma part, j’imagine sans peine l’installation de tirettes “Plaisir d’offrir“ nouvelle génération dans les boutiques des musées.

De son coté, Stéphane Blanquet se prépare à la réouverture le 19 mai 2021 de son exposition évolutive et "gargantuesque" à la Halle Saint Pierre - Paris (voir Muzeodrome n°41) - une exposition enrichie (dessins, tapisseries, photos) et complétée par une seconde avec 50 artistes invité·e·s autour de la Tranchée Racine (la revue d’images éditée par S.B.)…

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